Alex Chance Browning (Devon
Sawa) part avec une quarantaine de ses camarades de lycée pour un
voyage à Paris. Mais, à peine monté dans l'avion, il a la vision d'une
explosion. Paniqué, il provoque un esclandre et est expulsé de
l'appareil avec quelques uns de ses collègues et une accompagnatrice,
mademoiselle Lewton (Kristen Cloke). Quelques minutes plus tard,
l'avion explose réellement ! Après la mort accidentelle de Tod (Chad
Donella), Alex comprend qu'il a déjoué le plan de la Mort et qu'elle va
reprendre un à un ceux qui lui ont échappé dans le crash...
Ce petit film, tourné sans aucune vedette, et, apparemment, sans grands
moyens, est la preuve flagrante qu'avec une bonne idée de scénario, il
est tout à fait possible de donner naissance à une oeuvre efficace,
originale, intelligente et, qui, cerise sur le gâteau, aborde, sans
avoir l'air d'y toucher, l'un des plus grands thèmes philosophiques qui
soient : l'existence du libre-arbitre humain... ou son absence.
D'abord, sans l'aide d'un quelconque personnage grand-guignolesque ou
terrifiant, le réalisateur parvient, en accumulant des cascades de
coïncidences, à instiller une bonne dose de frayeur d'autant plus
flippante que la source n'est, par définition, jamais visible. Le
suspense est entretenu avec simplicité mais efficacité. Le rire, ou
plutôt le rictus, qui accompagne certaines scènes n'est jamais coupé de
l'angoisse. Au final, on assiste à un jeu de massacre qui allie
noirceur et candeur avec délectation et intensité.
Il est bien sûr possible de tourner en ridicule l'accumulation de
"hasards" ou de "coïncidences" qui sont savamment agencés par la Mort
pour parvenir à ses fins. Nous sommes dans un film qui oscille
plaisamment entre sérieux et farce. L'excès y est donc normal, d'autant
plus qu'il se montre en permanence jouissif. Mais, si l'on dépasse la
forme, il est tout à fait passionnant de réfléchir à ce qui, dans notre
vie quotidienne, est qualifié de "hasards". Nous avons tous une vision
séquentielle des événements et il est rarissime que nous parvenions à
les relier dans leur chronologie. Donc, qui dit perception
fragmentaire, dit non compréhension des causes et de leurs effets. A ce
titre, il peut être fort instructif de lire l'ouvrage génial de Georges
Groddeck, contemporain de Freud, intitulé : "le livre du ça". Il y
décortique avec une ironie dévastatrice les mécanismes de notre
subconscient. Et, en plus, c'est très divertissant à lire ! En ce qui
concerne le sujet bien controversé de notre éventuel libre-arbitre, il
peut être très enrichissant de se tourner vers le livre de Régis
Dutheil : "l'homme superlumineux", dans lequel l'auteur aborde ce sujet
et le résout, (en théorie), grâce à l'hypothèse de la "matrice
superlumineuse" qui pourrait être la solution physique d'innombrables
mystères se posant depuis toujours à l'homme.
On dit parfois que "le Hasard, c'est Dieu qui voyage incognito". Ici,
il serait plus judicieux de dire que c'est "la Mort qui voyage
incognito" ! Un petit film tout à fait réussi.