Le début du vingtième
siècle en Inde, près du temple d'Angkor. Aidan McRory (Guy Pearce) est
un célèbre chasseur, auteur de plusieurs ouvrages sur la matière.
L'ivoire des éléphants d'Afrique ne rapportant plus beaucoup, il se
tourne vers les tigres d'Inde. Justement, un couple de ces charmants
félins vient de donner naissance à deux frères. L'un est quelque peu
timide, effacé. L'autre plus en harmonie avec sa nature profonde de
félin. Ils sont séparés. L'un se retrouve dans les mains de Aidan
avant qu'il soit arrêté pour trafic. L'autre est adopté par Raoul
(Freddie Highmore), fils de l'administrateur français, Eugène
Normandin (Jean-Claude Dreyfus), qui rêve de créer une "route
Normandin" amenant les futurs touristes aux ruines magnifiques du
temple...
Cette histoire est une sorte de dessin animé Walt Disney qui, par la
magie du modernisme, aurait pris vie réelle. Avec ses animaux
attachants, ses personnages caricaturaux, pour ne pas dire en roue libre
(Jean-Claude Dreyfus...), son humour élémentaire, ses situations
parfaitement téléphonées. Indéniablement, il faut, de prime abord,
saluer la performance des dresseurs de tigres. Le rendu de leur travail
ainsi que celui de tous les inconnus qui ont dû participer à cette
mise en scène, est tout à fait convaincant. Cela dit, l'ensemble
respire tout de même pas mal le simplisme et le conte pour enfants. Non
que les "bons" sentiments, apanage des "Disney" de
la grande période, soient une denrée périssable qui ne doit plus
avoir cours ! Loin de là ! Simplement, il y a plusieurs manières de
les exposer et celle-ci, toute sympathique qu'elle soit, tire tout de
même un peu trop vers le passéisme et le primaire.
Certes, il faut relativiser. Sans doute est-il difficile de concevoir et
de réaliser une oeuvre, dont les héros sont des tigres, qui s'élève
au-dessus de ce type d'aventure programmée. Le décor est grandiose (il
est d'ailleurs à regretter que certains plans d'ensemble soient
esthétiquement moyens), le dépaysement est présent, l'idée
originelle tient assez bien la route, et quelques scènes hilarantes
viennent pimenter quelque peu une composition par moments longuette, au
final ultra prévisible. Et il ne saurait être question d'attendre ici
le pétillement des dialogues d'un Woody Allen de bonne cuvée, ou la
profondeur psychologique d'un Bergman grand cru. Alors, sachons nous
contenter de ce qui nous est offert : un sympathique voyage dans une
lointaine jungle du temps passé. Ce périple se révèlera peut-être
jouissif pour les 8-15 ans (encore qu'avec les jeux vidéo à la Matrix,
rien n'est moins sûr !), mais tout de même léger pour les croûtons
de plus de trente ans...