Andy Sachs (Anne Hathaway) est une jeune fille simple qui rêve de
devenir journaliste professionnelle. Contre toute attente, elle est
engagée par la redoutable Miranda Priestly (Meryl Streep), qui dirige
d'une main d'acier la revue "Runway", incontournable dans le
monde de la Haute Couture. Mais les débuts sont tout sauf faciles. Andy
doit subir à la fois les orages de Miranda et le mépris de sa
supérieure immédiate, Emily (Emily Blunt). Après avoir failli, à
plusieurs reprises, être éjectée ou donner sa démission, elle finit
par se faire un nid au sein de l'entreprise...
Le film, malgré les multiples poncifs (ou grâce à eux !) qui
s'agglutinent tout au long de l'histoire (pseudo-artistes caractériels,
obsession pathologique de la silhouette cadavérico-filiforme, étalage
complaisant d'egos surdimensionnés, etc...), égratigne avec une
jubilation mêlée d'admiration le monde futilissime, mais combien
lucratif, de la mode. Pourtant, dès l'ouverture, c'est à un conte que
nous fait penser la composition de l'oeuvre. D'ailleurs, la première
apparition de Miranda (dont on découvre les jambes), évoque
immédiatement le personnage de Cruella De Vil dans les "101
Dalmatiens". La suite ne dément pas vraiment cette première
impression.
C'est à une caricature délirante, mais combien excitante (et sans
doute pas si éloignée que cela de certains managers réels !), que
nous convie l'auteur. Lèvres pincées, regards incendiaires, paroles
assassines qui feraient passer les "casses" de Brice de Nice
pour de gentilles bluettes, mépris glaçant, laminage des inférieurs,
orgueil galactique... Meryl Streep, grandiose dans une peinture,
reconnaissons-le, assez facile, nous gratifie avec un plaisir sadique
d'un étalage complaisant de la connerie humaine et de son corollaire,
la méchanceté gratuite. Nous sommes transportés dans l'univers de
l'esclavage, version policée troisième millénaire. Mais, comme dans
tout conte initiatique qui se respecte, le méchant n'est là que pour
révéler à la victime une facette cachée de sa personnalité. En
l'occurrence, la Cendrillon de l'histoire trouvera dans cet enfer doré
l'opportunité de se métamorphoser. Y perdra-t-elle son âme ? That is
the question !
A vrai dire, la réponse n'est pas cruciale, tant l'impression de
préfabrication soigneusement calibrée l'emporte sur toute profondeur
dramatique. Nous sommes au sein d'une comédie débridée, dans laquelle
le coeur ne tremble jamais pour "de bon". Il y a un peu de
l'esprit "cartoon" dans cette narration qui cultive souvent
l'excès avec gourmandise.
La petite Cendrillon de Anne Hathaway se révèle charmante. Tout juste
peut-on regretter que les expressions de son visage soient
répétitives. Au final, si l'on excepte, bien sûr, l'incarnation
"hénaurme" de Meryl Streep, qui demeure le moteur principal
de l'agrément, c'est le personnage de Nigel (Stanley Tucci), avec sa
sensibilité authentique et sa fragilité émouvante, qui se grave dans
le souvenir du coeur.
Superficiel dans l'ensemble, mais conduit avec rythme et joyeusement satirique.
Bernard
Sellier