Le Gouverneur de Loudun vient de mourir de la peste. En attendant
la nomination de son successeur, il a confié à l'abbé Urbain
Grandier (Oliver Reed) la mission de veiller sur la ville. Mais
celui-ci se préoccupe davantage de courir les filles, voire de les
engrosser à l'occasion, que de répandre la parole divine dans les
âmes de ses concitoyens. La vie de la cité commence à se gâter
sérieusement lorsque deux événements dramatiques se manifestent
conjointement : la Mère Jeanne des Anges (Vanessa Redgrave),
supérieure du couvent, donne des signes de possession, tandis que le
Baron de Laubardemont (Dudley Sutton), sur les ordres du Cardinal de
Richelieu (Christopher Logue), commence à détruire les
fortifications...
Un
an après "Music Lovers", dans lequel Ken Russell visitait,
à sa manière délirante, certains moments de la vie de Tchaïkovsky,
le réalisateur plonge dans le démoniaque hystérique avec cet
épisode authentique, mais "arrangé" ici à sa sauce
personnelle. La première surprise vient du fait que, malgré son
imprégnation forte dans l'esprit rebelle et la pulsion libératoire
des années 70, le spectacle a conservé toute sa puissance et sa
folie mystico-blasphématoire. La mise en scène agitée, vivante,
flamboyante, les décors étonnants (le dépouillement des bâtiments
et murailles de Loudun apporte une modernité qui rend la tragédie
intemporelle), et surtout la personnalité massive et charismatique
d'Oliver Reed, servent à merveille cette fresque dans laquelle la
paranoïa côtoie la monstruosité, le grotesque horrible
(l'"exorcisme" de Mère Jeanne), et le fanatisme aveugle.
Certes, l'excès guette chaque séquence, le désir de choquer ou de
donner libre cours aux interdits visuels tient lieu de véritable
inspiration. On retrouve ainsi un Richelieu se faisant traîner par
des bonnes soeurs dans un chariot, un Roi Louis XIII transformé en
foldingue s'amusant à faire le carton sur des protestants déguisés
en volatiles, quelques visions très peu mystiques, dans lesquelles
Urbain Grandier, prenant la place du Christ en croix, descend
s'accoupler avec une religieuse... Mais, contrairement à certaines
créations d'Alejandro Jodorovsky ("La Montagne sacrée",
...), où le symbolisme devient quasiment hermétique, pour ne pas
dire imbuvable, il est assez facile, ici, de suivre les personnages
dans les méandres de leur psychisme perturbé, entre pulsions
refoulées, fantasmes oniriques et visions psychédéliques.
Hénaurme,
inconfortable, provocant, mais diablement électrisant !