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Genève ont lieu les championnats du monde d'échecs. Deux concurrents
s'affrontent : le soviétique Akiva Liebskind (Michel Piccoli), âgé,
malade du coeur et le jeune dissident Pavius Fromm (Alexandre Arbatt),
ancien élève du Maître. La tension est à son comble car entre les
deux hommes est installée une rivalité qui dépasse le simple niveau
du jeu. L'équipe qui soutient chaque concurrent va tenter de tout faire
pour déstabiliser l'adversaire, qui tte à utiliser les coups bas les
plus vils...
Les échecs ne sont évidemment pas le "sport" le plus
spectaculaire qui soit, surtout pour un film de cent minutes ! Mais ils
ne sont ici que prétexte, décor symbolique, à un affrontement
psychologique, politique entre deux personnalités hors du commun. Soit
dit en passant, on ne voit d'ailleurs que fort indistinctement les
"coups" joués, et les véritables connaisseurs en seront
peut-être passablement déçus. Mais Richard Dembo a voulu placer
l'affrontement sur le plan humain, ce qu'il a remarquablement réussi.
Les deux protagonistes sont criants de vérité, avec une mention
spéciale à Michel Piccoli, prodigieux, modèle de sobriété intense.
En fait, beaucoup plus que sur l'échiquier lui-même, les
"coups" se manifestent dans la préparation des parties où
chaque camp va faire avancer les pions dont il dispose pour
décontenancer l'adversaire ou carrément le piéger. C'est le cas pour
le "retour" savamment programmé de Marina (Liv Ulmann),
épouse de Fromm, retenue en URSS dans un hôpital psychiatrique.
L'ensemble baigne dans une crédibilité savamment installée, ce qui ne
va d'ailleurs pas sans inconvénients. Certains acteurs ont un
fort accent et un bon nombre de dialogues "pianissimo" ne sont
guère perceptibles. Mais cette bataille à la fois historique (nous
sommes encore dans le monde de l'avant chute du mur de Berlin) et
surtout oedipienne ( Fromm est une sorte de fils du "grand"
Akiva, et son angoisse la plus vive est que le "père" meure
avant qu'il ait pu montrer sa supériorité sur lui) est de bout en bout
captivante, réussissant à installer un crescendo dramatique efficace
et intelligent jusqu'à la dernière image.
Passionnant ! Et parfaitement accessible à tous ceux qui n'ont pas la
moindre connaissance des échecs !