Pierre Brochant (Thierry Lhermitte) et ses amis se distraient
régulièrement en invitant à dîner les personnages les plus cons
qu'ils ont pu rencontrer et en élisant le plus atteint. Tout cela, bien
évidemment, sans que les malheureux sélectionnés aient vent de quoi
que ce soit. Justement, ce jour-là, Pierre a découvert un con royal en
la personne de François Pignon (Jacques Villeret), constructeur
émérite de maquettes composées de milliers d'allumettes ! Mais un
lumbago traître l'oblige à demeurer chez lui. Pignon arrive sur ces
entrefaites et les catastrophes commencent...
Et le bonheur du spectateur par la même occasion. Exemple
magistralement réussi de la transposition à l'écran d'une pièce qui
ne brille pourtant pas par ses scènes d'extérieur ou par la diversité
de ses situations, cette oeuvre se laisse regarder d'innombrables fois
avec le même plaisir. Toute les scènes se déroulent en intérieur et
le sujet, basique, pourrait sembler au premier abord simpliste. Mais ce
serait compter sans l'abattage magistral des deux personnages
principaux, en particulier, bien sûr, un Jacques Villeret impérial de
stupidité et d'auto-satisfaction, qui transforme chacune de ses
interventions en un délire contagieux. Il est à lui seul la quasi
totalité de la jouissance de ce film, même si la présence de Thierry
Lhermitte et les interventions délicieuses de Francis Huster et surtout
de Daniel Prévost, toujours merveilleux en beauf rivé devant son match
de foot, concourent à réactiver les zygomatiques épuisés.
C'est bien construit, sans un temps mort, avec une machinerie du
rire parfaitement huilée, et sans la vulgarité que certains
auteurs de théâtre se croient obligés d'introduire pour flatter les
bas instincts du public et pallier la pauvreté des situations ou des
dialogues.