Barney
Cousins (Jeff Bridges) est un homme ordinaire. Professeur de chimie,
père d'une petite Denise (Maggie Lindermann) à laquelle il est très
attaché, et amateur de solitude puisqu'il passe ses week-end à retaper
une cabane au bord d'un lac. Mais il est aussi un psychopathe qui tente
de tester les limites de ses actions et de sa perversité. Un jour, Jeff
Harriman (Kiefer Sutherland) et son amie Diane Shaver (Sandra Bullock)
s'arrêtent dans une station service entre Seattle et Mont St Helen.
Diane disparaît sans laisser aucune trace. Trois ans plus tard, Jeff
continue à placarder dans toute la région des avis de recherche. En
vain. Il rencontre Rita Baker (Nancy Travis), tombe amoureux d'elle,
mais, toujours obsédé par l'ignorance du sort de Diane, poursuit sa
quête ne secret...
Il est assez rare qu'à cinq ans d'intervalle, un même réalisateur
tourne deux fois la même histoire. George Sluizer avait déjà mis en
images ce drame sous le titre "L'homme qui voulait savoir"
("Spoorloos") en 1988, avec Bernard-Pierre Donnadieu. Je n'ai jamais vu
cette première mouture qui, c'est à remarquer, est beaucoup mieux notée
par les spectateurs, sur le site IMDB, que la présente version.
Quoi qu'il en soit, celle-ci est tout à fait estimable dans son
traitement scénaristique, dans son interprétation, à défaut de se
montrer originale ou inventive dans la mise en scène, qui demeure très
classique. Tandis que la plus grande partie des thrillers fondés sur
les méfaits pathologiques des tueurs en série se focalise sur l'action
de ceux-ci ou sur l'enquête policière, "La Disparue" est entièrement
traitée à partir de la personnalité de l'une des victimes et
se concentre sur la quête de l'impossible connaissance de la réalité.
Barney a beau être le moteur principal, il apparaît en fait comme
quasiment virtuel pendant la plus grande partie de l'histoire, laissant
sur le devant de la scène une sorte de double en la personne de Jeff.
Ce sont leurs point communs : le désir d'aller jusqu'au bout, de
découvrir la vérité sur leurs limites, qui provoque leur rapprochement.
La quête de la connaissance devient une raison de vivre plus forte que
l'amour lui-même. Jeff Bridges livre une composition inquiétante de ce
personnage à face lunaire, gros poupon joufflu et bouclé, apparemment
débonnaire, qui est prêt à tout pour tester les rapports de la lumière
et de l'ombre qui se partagent son être.
George Sluizer traite intelligemment et efficacement de la souffrance
générée par l'ignorance, de l'impossibilité de survivre tant que le
deuil intérieur n'a pas été effectué. Et l'on ne peut qu'être
profondément ému en pensant à ces malheureux parents, à l'instar de
ceux de la petite Estelle Mouzin, qui ne savent toujours pas ce qu'est
devenue leur fille. La mort est assurément ce que l'humanité éprouve le
plus de difficulté à accepter, tout au moins dans notre civilisation
judéo-chrétienne. Mais elle permet cependant, pour ceux qui le veulent,
d'effectuer un travail psychologique de deuil, qui libère l'âme de sa
souffrance vive. Bien pire est l'ignorance du sort de la personne qu'on
aime, puisqu'il est impossible, dans ce cas, de travailler
spirituellement sur une absence de certitude, sur un doute permanent.
Un film passionnant, générateur de réflexion et, ce qui ne gâte rien,
tout à fait efficace tensionnellement.