Jules (Frédéric Andréi) est
un jeune facteur. Il porte une admiration sans bornes à la célèbre
cantatrice noire, Cynthia Hawkins (Wilhelmenia Fernandez). Celle-ci
donne justement un récital à Paris. Jules y assiste, enregistre en
secret, et s'empare de la robe que portait la diva au cours de la
soirée. Mais il a été observé par deux Chinois qui entrevoient là un
moyen d'exercer un chantage sur Cynthia. Celle-ci a toujours refusé
catégoriquement d'enregistrer un disque. Ce "live" pirate leur procure
une chance inespérée : soit elle accepte de signer un contrat légal,
soit ils diffusent dans des conditions médiocres, la bande captée à son
insu. Pendant que ces événements se déroulent, une jeune prostituée,
Nadia (Chantal Deruaz), qui était sur le point de livrer des
informations à la police sur l'identité du responsable d'un gigantesque
trafic de femmes et d'héroïne, est assassinée à sa sortie de la gare
par "l'Antillais" (Gérard Darmon). Mais, avant de mourir, elle a eu le
temps de placer une cassette comportant ses aveux, dans la sacoche de
Jules, qui ne s'est aperçu de rien...
Le scénario est un peu alambiqué, voire boursouflé, tant au point de
vue composantes qu'au point de vue traitement visuel. Mais cet
embonpoint ne lui va finalement pas si mal. Il procure à cette histoire
multi-directionnelle une personnalité forte, originale, susceptible de
plaire ou de hérisser. D'un petit polar très classique, le réalisateur
tire une fresque haute en couleurs, peuplée de personnages
funambulesques (la palme revenant à Richard Bohringer, sorte d'illuminé
pseudo-mystique hurluberlu, vivant dans un décor psychédélique et
faisant la cuisine avec un masque de plongée !), qui déambulent dans
des environnements hautement fantaisistes. Tout cela tient un peu de la
bande dessinée, tout en faisant la part belle à quelques incursions
poétiques (la promenade de Jules et de Cynthia dans les jardins au
petit matin). Bien avant "37°2
le matin", Beineix affichait déjà son goût prononcé pour les
associations de styles a-priori incompatibles : polar, lyrisme,
idéalisme, humour noir, romantisme, onirisme, clins d'oeil
cinéphiliques (à Marilyn Monroe). Mais nous sommes ici loin du
dépouillement qui fera la grâce exceptionnelle du film sus-nommé. Sans
atteindre les délires créatifs de Jean-Pierre Jeunet dans "La cité des enfants perdus",
"Diva" regorge de trouvailles visuelles, de séquences extravagantes, et
fournit à Dominique Pinon l'occasion de composer, avec Gérard Darmon,
un duo de tueurs mémorables. Dommage que Frédéric Andréi soit un
tantinet effacé. Et n'oublions pas que le film a fait connaître au
grand public la merveilleuse aria " Ebben ? ne andro lontana", extraite
de l'opéra "La Wally", d'Alfredo Catalani.