Le docteur Jack Mickler (Marlon Brando) est
psychiatre. Il est appelé pour venir en aide à un étrange jeune homme
masqué (Johnny Depp) qui prétend être Don Juan, le plus grand amant du
monde, et menace de se suicider. Il est placé sous surveillance dans un
hôpital pendant dix jours, laps de temps au bout duquel un juge
décidera de son internement ou de sa libération. Jack, bien qu'à
quelques jours de son départ en retraite, décide de prendre
en charge le patient, contre l'avis du directeur de l'établissement. Le
soi-disant Don Juan raconte alors sa vie et les amours qui l'ont
émaillée...
Bien étrange film dont on ne ressort pas indemne pour peu que l'on ait
l'âme poétique ou rêveuse. Etrange par le récit qui nous est fait de
cet énigmatique personnage , mais aussi par le traitement
cinématographique qui est appliqué.
La
réalité brute et bassement matérielle, incarnée par les réunions des
médecins, leurs discussions psychothérapeutiques, est confronté en
permanence à l'univers onirique et merveilleux dans lequel évolue Juan.
Son histoire se révèle d'autant plus passionnante qu'elle transcende
peu à peu le problème de sa véracité pour atteindre le niveau de
l'amour universel et inconditionnel. Tandis que le prétendu malade
raconte ses aventures au psychiatre, le rapport des deux
personnages s'inverse subtilement. Jack prend conscience de la pauvreté
sentimentale de sa vie, même si ses relations conjugales avec Marilyn
(Faye Dunaway) sont bonnes. Il y manque désormais la passion, la folie
qui transfigurent le simple amour quotidien en un brasier de délices.
Pendant ce temps, Don Juan, toujours fidèle à son monde, mais d'une
intelligence, d'une lucidité et d'une pénétration psychologique
remarquables, prend conscience de ce qui doit être son attitude pour
échapper à l'internement.
Oeuvre passionnante sur le pouvoir de l'amour (Don Juan transforme la
vie de tous ceux qui l'approchent par son magnétisme), sur l'amitié,
sur la confiance, sur les apparences, sur le rêve, sur les deux faces
du miroir de notre vie, sur la poésie de la beauté (a-t-on jamais
entendu des mots semblables pour peindre le charme de la femme et la
lumière qui émane de chacune d'elles ?)... Et, paradoxalement, la mise
en scène est d'un classicisme presque froid, le jeu de Johnny Depp est
distancié, étonnamment absent, comme si les mots de feu que l'on entend
sortaient d'un magnétophone intérieur. Là où l'on attendrait violence
et passion visuelle, on ne reçoit que des images passablement figées
qui pourraient être celles d'un David Hamilton. Volonté du réalisateur
afin de ne pas entrer totalement dans le rêve de son personnage, garder
un recul face à ce conte délirant ? Ou bien s'agit-il d'une incapacité
à pénétrer l'univers de son héros ? Impossible de répondre. Toujours
est-il qu'une frustration demeure à la fin de cette vision.
Il n'en reste pas moins que l'un des mérites majeurs de cette oeuvre
est que l'on en sort avec l'envie de grandir en amour. Et l'une des
phrases adressées par Don Juan à son médecin résume parfaitement le
sujet fondamental du film : "Il n'y a que dans mon monde que vous
pouvez respirer"...
A noter, accessoirement, la très belle musique qui accompagne ce récit.