Donnie Darko (Jake
Gyllenhaal), est un enfant aimé de ses parents, Eddie (Holmes Osborne)
et Rosr (Mary McDonnell), mais pour le moins bizarre. Somnambule, il
lui arrive de se réveiller, au petit matin, au milieu d'une route
heureusement déserte, à côté de son vélo ! Il est suivi par une
thérapeute, Lilian Thurman (Katharine Ross), mais l'amélioration n'est
pas spectaculaire... Un jour, Donnie perçoit un personnage à dégaine le
lapin gris foncé (bof !), qui lui annonce la fin du monde pour très
bientôt (28 jours, 6h, 42' et 12", précisément !). Peu après, il
échappe de peu à la cute d'un réacteur d'avion dans sa chambre...
Vague cousin germain au troisième degré de "Sixième sens" ou de "L'échelle de Jacob", avec une incursion dans
l'espace-temps de "L'effet papillon", ce film flirte avec le
non-sens, tout en conservant en permanence un ancrage dans la matière
bien réelle. Jake Gyllenhaal, le regard presque constamment perdu dans
un no man's land inaccessible au commun des mortels, se révèle en
parfaite adéquation avec cet adolescent lunaire et déphasé. Au fil des
péripéties de sa vie quotidienne chamboulée (elle le serait à moins !),
on se prend à vouloir le suivre dans l'univers parallèle auquel il
semble avoir un accès partiel (lapin d'Alice au Pays des Merveilles
oblige !). D'autant plus que le scénario navigue à l'inspiration du
moment, sans qu'un fil conducteur clair se révèle. C'est ainsi que l'on
passe d'instants forts, que l'on suppose signifiants, à des séquences
de farce dont on perçoit mal l'intérêt (un coup de hache dans une
statue de bronze). Il en est de même pour les personnages. Tandis que
certains pourraient être effacés d'un coup de gomme sans que cela
influe beaucoup sur la trame (Le professeur Karen Pomeroy
(Drew Barrymore), par exemple), d'autres voient leur importance enfler (Roberta
Sparrow, "grand-mère la mort" (Patience Cleveland)) tout en demeurant
virtuelle. Bizarre, bizarre. Ou bien au contraire normal, direz-vous, puisque nous nageons
dans les eaux troubles de l'inconscient individuel ou
collectif. Beaucoup de thèmes mode sont abordés, verbalement :
le libre-arbitre, la possibilité de voyager dans le temps, un plan de
Dieu supposé, le guidage d'un ange-gardien...
Lorsque le film se clôt, la perplexité ne
fait que croître ! Est-ce l'heure tardive, une fatigue des neurones,
toujours est-il que je n'ai pas compris grand-chose à l'évolution
interne de cette oeuvre en forme de poisson qui se mord la queue. Bien
sûr, la logique n'est pas la qualité première qui doit transpirer de ce
type d'exploration psycho-temporelle. En revanche, ce qui est plus
gênant, est cette espèce de détachement permanent, d'arasement général,
qui provoque, au bout d'un moment, un désintérêt pour les événements
anarchiques qui affectent le brave garçon. Là où Eric
Bress & J. Mackye Gruber, dans L'effet papillon", induisaient une
accélération et une expansion émotionnelles au fur et à mesure que le
drame se tortillait sur lui-même, Richard Kelly conserve son
cheminement tranquille, mi-sérieux, mi-pantalonnade. Quelques
sympathiques moments sensibles (avec la jeune Gretchen Ross (Jena
Malone)), une pléthore de sujets de réflexion, mais un ensemble qui ne
débouche pas sur grand-chose, dont nombre d'éléments semblent
inaboutis, et qui sent tout de même beaucoup l'arbitraire autant que le
superficiel.
A noter, tout de même, que ce film est classé 97ème meilleure oeuvre de
tous les temps sur le site IMDB ! Incompréhensible ! (Pour mon petit
cerveau limité, bien sûr !)...