Weronika (Irène Jacob) vit en Pologne. Elle
rend visite un jour à sa tante (Halina Gryglaszewska) qui habite
Cracovie. En se promenant dans une rue, elle aperçoit un groupe de
touristes étrangers qui monte dans un car. Quelle n'est pas sa
stupéfaction d'apercevoir une jeune fille qui lui ressemble
étrangement. Dotée d'une voix aussi belle qu'étrange, elle est engagée
pour un concert. Mais un malaise cardiaque la foudroie pendant le
spectacle. En France, Véronique, jeune professeur de musique, ressent
une étrange et incompréhensible sensation de vide...
Plus une oeuvre est inspirée, plus il semble difficile d'en parler,
comme si les mots étaient susceptibles de briser l'harmonie fragile qui
l'enveloppe. Y a-t-il véritablement une histoire ? Plutôt une aquarelle
aérienne, dans laquelle glissent deux jeunes filles, belles, sensibles,
que l'ordonnateur cosmique a disposées à des milliers de kilomètres
l'une de l'autre, qui ne se parleront jamais. Mais de toute évidence,
deux âmes, peut-être soeurs cosmiques, qui communiquent par un fil
invisible, peut-être l'intuition, peut-être la musique que l'on nomme
"des sphères". Deux entités qui cherchent le sens de leur venue sur
terre, l'union dans l'amour véritable, absolu, celui dont l'évidence
est instantanée. La vie, l'amour, l'extase, sont à la fois un puzzle
qui se dessine au gré de délicates effluves, un jeu de piste matériel
qui invente un parcours initiatique au sein de la matière (quelques
séquences évoquent, dans un genre bien différent, la quête d'Amélie Poulain),
et une guidance intérieure, angélique, dont l'évanescence cache une
souveraineté bienveillante. Symbolisme (les marionnettes d'Alexandre
Fabbri (Philippe Volter)), poésie, travail sur les couleurs, communion
mystique, beauté des gestes, intelligence des plans, équilibre
exceptionnel entre manifesté et suggéré, charisme exceptionnel d'Irène
Jacob, lumineuse et fragile, puis, enveloppant tout cela, une musique
hautement inspirée (dont les paroles sont tirées du IIème Chant de
Dante : Verso il cielo), génératrice d'une des plus fascinantes osmoses
jamais créées... Tous ces éléments font de cette oeuvre un joyau touché
par la grâce. Existe-t-il plus belle émotion que celle qui nous étreint
dans cette scène pourtant banale, transcendée par la sensibilité de
Kieslowski : Véronique découvrant sur une photo jaunie le visage d'une
jeune femme dont elle a toujours senti la présence invisible ? C'est là
un inexplicable miracle que le cinéma ne parvient que bien rarement à
nous offrir. Un présent sublime !