François Pignon (Gad
Elmaleh), modeste voiturier dans un Palace parisien, espère épouser
Emilie (Virginie Ledoyen). Il partage son appartement minable avec un de
ses collègues, Richard (Dany Boon). Pierre Levasseur (Daniel Auteuil)
est un puissant et riche PDG, même si la majorité de la fortune
appartient à son épouse, Christine (Kristin Scott Thomas). Il a pour
maîtresse depuis deux ans un Top Model célèbre, Elena (Alice
Taglioni), mais prend grand soin que sa femme l'ignore. Malheureusement,
lasse de voir la promesse de divorce non tenue, Elena annonce un jour à
son amant qu'elle rompt. Un journaliste, témoin de leur tête à tête
houleux, les photographie. Le cliché fait la une des journaux à
sensation. Pour donner le change à sa femme, Pierre est contraint de
trouver rapidement une parade. François Pignon, par hasard présent sur
la photo, doit devenir l'amoureux d'Elena. Maître Foix (Richard Berry),
avocat du PDG, organise l'affaire. Pignon et la ravissante Elena vivent
une soi-disant liaison, tandis que les espions de Christine et ceux de
Pierre ne quittent pas d'une semelle le couple artificiel...
La franchise "François Pignon", qui a donné naissance à
nombre de créations jouissives ("Le
dîner de cons", "Les fugitifs",
"les Compères"...), ou moyennement
réussies ("Le Placard"), voit ici
Gad Elmaleh succéder à Pierre Richard, Jacques Villeret et même...
Daniel Auteuil lui-même ! Mais, est-ce l'usure du temps, la routine
dans laquelle s'est installé le réalisateur-scénariste, l'avalanche
de situations éculées, la mise en images aussi pauvre qu'immuable (le
générique plonge même dans le ringard), ou encore le choix des
interprètes du loser majuscule, toujours est-il que toute cette
agitation puérile, laborieuse, sans une once d'imagination créatrice,
à côté de laquelle les trouvailles de Feydeau semblent un trésor
d'inventivité, fait presque pitié. Les acteurs font tout leur
possible, Gad Elmaleh, sympathique et bonhomme, en tête, mais ne
peuvent rien pour extirper le scénario d'une platitude incurable. Son
choix pour incarner Pignon est d'ailleurs sans doute responsable en
partie du ratage. Pierre Richard, Jacques Villeret étaient des
hurluberlus décalés, des fantoches lunaires qui collaient parfaitement
à la peau du Pignon (ou du Perrin...) de base, gaffeur et
catastrophique. Gad Elmaleh, lui, est un jeune homme tout à fait
sympathique, mais surtout intensément normal, ce qui est un
hiatus majeur par rapport à ce que l'on veut nous faire croire. Le
scénario a beau répéter cent fois que l'association Elena-Pignon est
contre nature, le spectateur, même complaisant, ne voit absolument pas
le pourquoi de cette assertion préfabriquée !
Les personnages, installés à coups de poncis archi usés, vont du
conventionnel le plus dur à l'improbable le plus factice (Michel Aumont
en médecin beaucoup plus atteint que ses malades). Dire qu'on ne
s'amuse jamais serait peut-être un mensonge (Dany Boon arrive à nous
arracher quelques sourires). On a de plus en plus l'impression que
Francis Veber prend un peu la même route que Gérard Oury vieillissant,
qui, après nous avoir enchanté avec "La grande vadrouille"
ou "Les aventures de Rabbi Jacob" sombrait dans les pitoyables
pitreries de "La soif de l'or". Dommage ! On l'aimait bien, le
François Pignon qu'illuminait Jacques Villeret. Certes, c'était du
théâtre filmé, avec les limitations que cela impose, mais la
multiplication présente des décors et des personnages ne semble pas
enluminer l'inspiration du réalisateur. Bien au contraire... Elle met
en lumière l'indigence de l'ensemble. Sans compter un dénouement des
plus pâlichons ! Un tout petit trois étoiles...