1462.
Les Turcs menacent la Chrétienté. Le Comte Dracula (Gary Oldman),
fiancé à la belle Elisabeta (Winona Ryder) part les combattre. Il est
victorieux, mais un faux message envoyé au château par les ennemis fait
croire à la jeune fille que son bien aimé est mort. Elle se jette alors
dans la rivière. Fou de douleur, Dracula renie Dieu et devient un
mort-vivant, assoiffé de sang. 435 ans plus tard, Jonathan Harker
(Keanu Reeves), fiancé à la douce Mina Murray (Winona Ryder) est chargé
par sa société de se rendre en Transsylvanie, chez un mystérieux comte
qui souhaite acquérir divers bâtiments dans Londres...
Le monde des vampires a toujours été une mine inépuisable pour le
cinéma. Depuis le "Dracula" de Tod Browning, en 1931, avec Bela Lugosi,
on ne compte plus les variations sur ce thème, qui, je ne sais pour
quelle raison, m'a toujours paru d'une cocasserie sans grand intérêt.
Néanmoins, cette version signée Coppola mérite le détour. Le fond
demeure certes toujours le même, usé jusqu'à la corde, mais le génie du
réalisateur, son sens du montage, sa conception des tableaux oniriques,
ainsi qu'une distribution brillante, transforment cette histoire
d'amour fou en un délire baroque et grandiose.
La première partie n'est pas sans procurer quelques inquiétudes.
Coppola force le trait, convoque toute la panoplie des effets
fantastiques , ombres, sang, animaux, cris, éclairs, spectres, décors
fantomatiques, lugubres, joue avec les juxtapositions d'images... Tout
cet embrouillamini s'accorde harmonieusement (si l'on peut
employer ce terme !) avec la folie ambiante et le don d'ubiquité du
Comte... Mais une telle débauche de clinquant et de tape à l'œil, à
laquelle s'ajoute un Gary Oldman à la limite du ridicule, auraient
alors une fâcheuse tendance à tuer la sensibilité de l'œuvre. La
tragédie des deux amants, qui s'étire douloureusement à travers les
siècles, tient autant de la souffrance intérieure que du
"grand-guignol" sanguinolent extérieur, et ce dernier occupe beaucoup
(trop ?) de place.
La seconde moitié réserve quelques beaux moments de poésie, notamment
dans les confrontations entre Mina et le Comte. De plus, l'intervention
du "chasseur" de vampires, Van Helsing (Anthony Hopkins) apporte une
note d'excentricité terrestre bienvenue.
Globalement, j'avoue que cette seconde vision (une dizaine d'années
après avoir vu le film pour la première fois) m'a quelque peu déçu.
J'avais conservé le souvenir (combien la mémoire est apte à retenir ce
qui lui convient !) d'un romantisme beaucoup plus profond et d'une
prépondérance de l'aspect amoureux sur l'aspect "vampirique", qui n'est
pas vraiment ma tasse de thé ! J'ai présentement le sentiment inverse.
Cela dit, pour les amateurs inconditionnels de ce type d'histoire de
canines sanglantes, l'œuvre de Coppola demeure une réussite esthétique
et technique incontestable. Et, qui plus est, comment oublier
la musique sublime composée par Wojciech Kilar, qui mérite, à elle
seule, l'écoute isolée de la Bande Originale !