Coupable d'avoir corrigé
quelques militaires qui l'avaient bien cherché, le futur Bruce Lee
(Jason Scott Lee) reçoit de son père le conseil d'aller aux Etats-Unis,
d'autant plus qu'il y est né. Il y arrive plein d'espoirs de gloire,
mais ne tarde pas à déchanter. Plongeur dans un restaurant chinois, sa
liaison avec une employée provoque la colère des cuisiniers. Après les
avoir copieusement rossés, il est licencié par la propriétaire. Inscrit
à l'université, il rencontre la jolie Linda (Lauren Holly) et
s'installe en couple malgré l'opposition de la mère de Linda. Il décide
de donner des cours d'arts martiaux et le succès est rapide. Mais ses
compatriotes professeurs lui interdisent de transmettre aux non
orientaux les secrets ancestraux...
Plusieurs visions n'ont pas entamé l'affection que je porte à ce film.
Bien qu'inspiré du livre de la veuve de Bruce Lee, il n'est pas certain
que l'exactitude soit sa première qualité. Mais peu importe. Rob Cohen,
merveilleusement aidé par un Jason Scott Lee visiblement imprégné de
l'énergie puissante de son modèle, nous livre une splendide histoire
d'amour, de courage, de ténacité, à laquelle ne manquent pas l'aspect
martial et les combats qui ont été la raison de vivre de cet homme
exceptionnel mort à 32 ans. Le film alterne avec justesse et équilibre
de remarquables scènes de lutte et des moments intimistes,
tout en imprégnant l'atmosphère générale d'un aspect onirique
et symbolique à base de dragons mythologiques orientaux qui ne sont en
fait que la matérialisation intérieure des peurs enfermées en nous.
L'éternel combat contre les adversaires quels qu'ils soient se
transforme donc petit à petit en une lutte interne contre les propres
démons intérieurs qui se transmettent de génération en génération.
Même s'il demeure avant tout un récit simple et sans prétention,
l'intensité avec laquelle les acteurs s'impliquent dans ce drame humain
(dans plusieurs scènes on a l'impression de voir le véritable Bruce Lee
tant l'acteur a su reproduire les expressions qui le rendaient unique)
en font une oeuvre profondément poignante (la rééducation de Bruce Lee
après sa blessure) et esthétiquement très belle. De plus la musique de
Randy Edelman est inoubliable.