Freddy
(Maurice Compte) a quitté Rhea, enceinte, pour partir sur les routes
américaines à la recherche de son père qui vient d'être libéré de
prison, à Oklahoma city. Il fait la connaissance d'un gamin turbulent,
Albert (Paddy Connor), qui s'est échappé de son centre de redressement.
L'adolescent s'accroche à son nouvel "ami" et n'a qu'une idée en tête :
rejoindre sa mère, Sandra, qui habite Reno. Tous deux font de
l'auto stop et multiplient rencontres, petites aventures et menus
larcins...
Ce "road movie" est mené avec lenteur, sans véritablement de but, sinon
les rêves de ces deux jeunes gens, en quête de leurs racines, aussi
pitoyables l'une que l'autre. Si le spectateur reste à la surface de
cet apprentissage de l'acceptation du vide parental, il s'ennuiera et
peut-être déclarera forfait en chemin. Pour celui qui entrera dans
l'intimité de ce drame et de ses protagonistes, ce film sera un grand
moment.
A l'aide de tout petits riens, de rencontres fortuites, de personnages
ordinaires, que l'on ne voit, pour certains, que quelques minutes,
l'auteur parvient à créer une atmosphère dense, dans laquelle la
souffrance est constamment palpable. L'absence totale d'esbroufe,
l'authenticité, la sincérité, et surtout la présence charismatique de
deux acteurs exceptionnels, font que l'on s'attache à ces deux
errants qui tentent de remplir leur vide intérieur par des
rêves auxquels eux-mêmes ne croient sans doute pas vraiment. Maurice
Compte, qui, dans certains plans, semble être le sosie de James
Caviezel, est une révélation majeure. Il semble porter toute la
détresse du monde sur ses épaules voûtées et son visage trahit une
désespérance poignante, sans avoir besoin de rajouter le moindre effet
superficiel, dans une sobriété concentrée hautement éloquente. Quant à
Albert et sa voix de crécelle, il campe avec une véracité étonnante ce
délinquant programmé, totalement inconscient de ses actes
irréfléchis.
C'est le cœur véritablement serré que l'on assiste à la fin de cette
quête de l'impossible bonheur, et au retour résigné à la case
départ.
N.B. A ne pas
confondre avec le pitoyable "Dreamcatcher" de Lawrence
Kasdan...