Scott Chavez (Herbert
Marshall) est condamné à la pendaison pour avoir assassiné sa femme,
Indienne, qui multipliait les aventures extra-conjugales. Avant de
mourir, il confie sa fille , Pearl (Jennifer Jones) à une ancienne
amie, Laura Belle McCanles (Lillian Gish), installée dans un ranch
texan avec son mari, Jackson, sénateur et infirme (Lionel
Barrymore) et ses deux fils, Jesse (Joseph Cotten) et Lewt (Gregory
Peck). Pearl est fort mal accueillie par le père, mais plaît
immédiatement aux deux frères...
On connaît l'histoire de Jennifer Jones, remarquée par le producteur
David O'Selznick, lancée par lui en tant qu'actrice, et finalement
épousée en 1949. Il faut reconnaître que la jeune femme ne semblait pas
manquer de personnalité. Dirigée par le grand King Vidor, auquel on
doit, notamment, trois ans plus tard, une merveille "Le
Rebelle" avec
Gary Cooper et Patricia Neal, elle fait preuve d'une intensité rare
dans un rôle souvent bien mal servi au cinéma : la femme dans le
western. A vrai dire, si théoriquement western il y a, pour cause de
lieu (le Texas et ses étendues sauvages), d'époque (la fin du
dix-neuvième siècle) et de fond scénaristique (l'arrivée du chemin de
fer et les bouleversements mal acceptés qu'il génère), l'œuvre se
rattache bien davantage au drame psychologique, voire à la tragédie
antique.
Dès le commencement, le ton est donné par la voix off : il s'agira
d'une passion sauvage, de violence et de mort. Le tout enchâssé dans un
écrin lyrique et enflammé. Pearl, métis à la fois ingénue et
volcanique, devient le détonateur qui va provoquer l'explosion de la
cellule familiale des McCanles, dont l'unité ne repose que sur les
conventions mondaines et l'occultation des rancœurs
souterraines. Le Sénateur est, a priori, un odieux personnage, raciste,
méprisant, autoritaire, blessant. Son fils Lewt, dont il passe tous les
caprices, recèle, lui aussi, un tempérament assez peu ragoûtant :
égoïste, jouisseur, menteur. Gregory Peck, que l'on a souvent eu
l'habitude de voir dans des rôles policés, pour ne pas dire guindés,
(on le verra en personnalité quasi opposée, douze ans plus tard, dans "Les
grands espaces"),
est surprenant dans le bon sens du terme, et particulièrement
convaincant ici. Pearl, elle-même, n'échappe pas à la noirceur
générale, et son attitude, souvent dictée par les traumatismes vécus,
n'attire pas franchement une sympathie immédiate. Mais, par le force
des événements et des souffrances, la nature profonde, humaine et
généreuse, finira par affleurer, chez elle comme chez ceux qu'elle aura
côtoyés et révélés dans leur vérité intérieure, au prix du sacrifice et
de la mort.
A partir d'un scénario minimaliste, King Vidor parvient à offrir une
peinture de la passion dans ce qu'elle a de plus destructeur, de plus
violent, alternant les phases de jalousies, de culpabilité, de
dépendance, avec un vérisme et une intensité romantique, dramatique,
inoubliable. Cette tragédie flamboyante (les tableaux de ciels
possèdent d'ailleurs souvent un rougeoiement ocre
incendiaire), qui n'évite pas toujours une grandiloquence
datée (renforcée par un doublage d'époque un peu suranné), se clôt sur
un final bouleversant, qui, à l'instar des grandes passions d'amour
("Docteur Jivago", "Le patient anglais", "le Rebelle", "Prisonniers
du passé"...)
se grave de manière impérissable dans la mémoire du cinéphile.