Peter
Bowman (David Morse), employé par la compagnie internationale
pétrolière "Quad Carbon", travaille dans un pays d'Amérique du Sud. Sa
mission est de construire un barrage sur le rio Caya. Mais ce projet,
qui n'était qu'une "vitrine humanitaire", capote dès que la société, en
dépôt de bilan, est rachetée par Octonal. Un matin, Peter est
enlevé par des guerilleros et emmené dans la montagne. Sa femme, Alice
(Meg Ryan), reçoit la visite de Terry Thorne (Russell Crowe),
spécialiste des missions de récupération d'otages, envoyé par la
compagnie d'assurances de l'entreprise. Mais à peine a-t-il commencé sa
mission, qu'il est rappelé à Londres, "Quad Carbon" ayant "oublié" de
verser les primes ! Alice, en compagnie de sa belle-soeur, Janis
Goodman (Pamela Reed), doit faire confiance à un responsable de
sécurité local, Arturo Fernandez (Mario Ernesto Sánchez),
pour mener les négociations. Enfin, théoriquement, car Terry, pris de
remords, ne tarde pas à réapparaître...
Ayant acquis une certaine notoriété pour de bien peu cinématographiques
raisons (l'idylle entre Meg Ryan et Russell Crowe !), ce film est
pourtant tout à fait intéressant et d'une efficacité immédiate
incontestable. Même si sa dernière oeuvre "Ray" a été saluée comme une
remarquable création, Taylor Hackford a rarement enthousiasmé la
critique. Sans atteindre une réussite majeure, la plupart de ses
réalisations sont pourtant dignes d'intérêt, du romantique "Officier et gentleman"
jusqu'au ténébreux "Dolores Claiborne", en oubliant un "Contre toute attente"
moyen, malgré la présence d'une Rachel Ward à la beauté ensorcelante
!
Dans le cas présent, nous avons affaire à une histoire simple,
malheureusement plus que d'actualité, menée avec une sécheresse et une
sobriété de bon aloi. Toutes les composantes d'une telle tragédie
individuelle sont habilement mises en valeur : solitude du conjoint,
compassion polie du Consulat, magouilles politico-economiques, anarchie
des différentes composantes rebelles, évolution inéluctable des idéaux
sociaux vers le crime organisé et lucratif (trafic de drogue ou
enlèvements), et, surtout, affrontement psychologique entre les
négociateurs. Celui-ci devient une sorte de "jeu" dans lequel la vie
est suspendue à l'habileté plus ou moins grande de chaque interlocuteur
pour parvenir à un "accord" acceptable. Pendant que cette bataille
d'exigences, de détermination, de manipulation, se déroule devant un
micro, les malheureux prisonniers, trimballés de camp en camp, dans des
conditions d'hygiène lamentables, sont les lots, les jouets de la
tractation plus ou moins efficacement menée par ceux qui ne
les ont pas oubliés.
Toujours vivant malgré les tractations peu spectaculaires, concentré
sur l'essentiel, dépouillé de tout superflu, le récit est conduit de
manière énergique, brute, et réaliste. Il a, de plus, l'intelligence de
faire l'impasse sur une histoire d'amour, suggérée, dont le
développement aurait, sans nul doute, gangrené la pureté narrative de
l'ensemble. Une antithèse, quasiment dans tous les domaines,
du récent (et assez décevant !) "L'enlèvement",
dans lequel Robert Redford subit un sort analogue à celui de David
Morse.