La guerre civile espagnole.
Carlos (Fernando Tielve), un jeune garçon qui ignore la mort de son
père au combat, est abandonné par son tuteur dans une institution pour
orphelins, dirigée par un vieux couple, Carmen (Marisa Paredes) et le
docteur Casares (Federico Luppi). Tout de suite, il sent la présence
d'un fantôme. Quelque temps plus tôt, le jour de la chute, dans la cour
intérieure, d'une bombe qui n'a jamais explosé, disparaissait un
enfant, Santi...
Ce film brasse
plusieurs thèmes : une énigme dramatique, une période de guerre (même
si celle-ci ne se voit symbolisée que par la présence emblématique de
cette énorme bombe que les enfants prétendent douée de vie), incursion
des morts dans le monde des vivants, passage de l'état d'innocence de
l'enfance à celui de l'autonomie responsable adulte. Il ne fait pas de
doute que cette diversité est remarquablement dosée. Le réalisateur et
scénariste n'est pas tombé dans le piège du spectaculaire et du
commercial, ce dont on lui sait gré. Même la fin, pour violente qu'elle
soit, est sobrement menée. L'atmosphère, à dominante de teintes jaunes
doré, est elle aussi réussie, partageant les lieux entre des bâtiments
de surface qui semblent isolés du reste du monde, et un étage
souterrain générateur de surnaturel. Quant à l'histoire, elle décrit
avec sensibilité et intelligence le monde clos d'enfances brisées qui
tentent désespérément de trouver un rayon de lumière pour
survivre.
Pourtant, malgré ces
qualités indéniables, cette oeuvre ne m'a guère enthousiasmé. Une
impression persistante que nombre d'ingrédients passionnants sont là,
exposés avec talent, sans défaut majeur, mais souvent extérieurs au
spectateur. Paradoxalement, cette tragédie qui mêle souffrances, morts
violentes et fantômes, me semble manquer singulièrement de mystère, de
fièvre et de flamme. Les deux adultes responsables sont quasiment des
spectres vivants : elle est handicapée par une jambe de bois tandis que
son mari, vieux poète émouvant, est devenu impuissant. Ils font déjà
partie d'un monde révolu sur le point de disparaître. La scène,
magnifique, dans laquelle on voit Casares, blessé, assis immobile
devant la fenêtre, son fusil à la main, attendant l'arrivée de celui
qui symbolise le mal, est tout à fait éloquente.
En ce qui concerne
les enfants, je ne partage pas vraiment l'enthousiasme de certains
commentateurs. Si Jaime (Inigo Garcés) recèle une force et une présence
indéniables, je trouve le petit Carlos assez inexpressif et souvent
terne. Reste le personnage de Jacinto (Eduardo Noriega), complexe et
touchant, malgré la noirceur qu'il renferme. La mise en scène, placide,
ne contribue pas à vivifier une trame scénaristique languissante. Au
bout des cinquante premières minutes, le décollage n'a pas réellement
commencé.
Une oeuvre
singulière, de belle tenue, mais dans l'intimité de laquelle je ne suis
jamais vraiment rentré.