Evan Treborn (Logan Lerman,
puis John Patrick Amedori puis Ashton Kutcher) est un garçonnet
apparemment comme les autres. Il a pour amis le gros Lenny (Jake
Kaese), Tommy (William Lee Scott) et sa soeur Kalley (Amy Smart). Mais
l'apparence est trompeuse. Evan est en fait sujet à de graves crises
d'amnésie. D'ailleurs, il a de qui tenir, puisque son père, Jason
(Callum Keith Rennie) est enfermé dans un asile psychiatrique. Un jour,
les quatre enfants, sous l'impulsion de Tommy, s'amusent à déposer une
cartouche de dynamite dans la boîte aux lettres d'une voisine. Evan
retrouve ses esprits dans la forêt et a tout oublié. Quant à Lenny, il
est gravement perturbé psychologiquement et enfermé. Devenu adulte,
Evan cherche à retrouver les souvenirs absents en se replongeant dans
les notes minutieuses prises régulièrement et surtout grâce à une
faculté extraordinaire de replonger dans le passé...
Cette histoire assez abracadabrante a pour fondements quelques uns des
sujets les plus passionnants et, par la même occasion, les plus
controversés philosophiquement, qui soient, à savoir : le libre-arbitre
de l'homme, la conséquence karmique de ses choix et la culpabilité. Le
"karma", qui signifie "action", est en réalité la correspondance
orientale de la parole du Christ : "tu récolteras ce que tu as semé".
Dans notre univers dualiste, toute action est inéluctablement suivie
d'un effet qui devient à son tour cause pour un effet niveau 2 etc...
Et le drame du dit univers est bien évidemment que l'inconscience et
l'ignorance de l'homme fait qu'il lui faut constater les conséquences
négatives pour, éventuellement, ne plus reproduire la cause originelle
de la catastrophe. En revanche, le temps s'écoulant de façon linéaire,
impossible de revenir en arrière. Ce qui serait pourtant bien pratique !
Depuis quelques décennies, les conceptions physiques de l'univers ont
grandement évolué. Nous avons déjà, à plusieurs reprises, mentionné les
travaux passionnants de Karl Pribram et de Régis Dutheil sur la
probabilité d'un univers holographique qui aurait pour corollaire et
source, une "matrice" où le tout (espace et temps que nous connaissons)
serait contenu en germe et prêt à se manifester suivant diverses
directions ou expressions, suivant la théorie des transformations de
Fourier ("L'univers est un hologramme" de Michael Talbot et "L'homme
superlumineux" de Régis Dutheil). D'où la possibilité d'univers
parallèles et, normalement, non communicants, dans lesquels les
événements se dérouleraient de manière différente. Parfois,
accidentellement, il pourrait y avoir interférence entre ces diverses
"octaves" de manifestation. C'est ce qui est très bien expliqué dans le
chapitre intitulé : le bossu d'Amsterdam ("Rencontres avec l'insolite"
de Raymond Bernard).
Revenons-en au film. Le sujet a été traité de multiples fois. Il peut
l'être de façon ludique et divertissante, comme dans la trilogie "Retour
vers le futur".
Ici, les scénaristes ont choisi le sérieux, la tragédie. Pendant une
bonne partie de l'histoire, le spectateur ne sait pas trop vers quoi on
le dirige. Il n'est pas difficile de deviner ce qui s'est réellement
passé, mais la voie d'issue est imprécise. Puis tout se décante
et la seconde partie est consacrée aux tentatives pour le
moins hasardeuses du héros pour corriger l'erreur primitive. Mais, bien
évidemment, comme tout explorateur de l'inconnu, il se heurte à des
conséquences qui ne sont pas forcément meilleures que la première née.
L'ensemble est livré de manière brute, sans explications, sans
réflexions particulières. Seule compte la relation des faits. Dans
cette optique, la réussite est assez remarquable. Les acteurs,
inconnus, au premier rang desquels brille Ashton Kutcher, sont
convaincants. On ne peut pas dire que les diverses options soient
follement originales, mais l'ensemble tient la route et réserve
quelques bons moments d'angoisse. Cela dit, un étrange phénomène se
passe à mesure que le temps passe. Vingt quatre heures après la vision
du film, ne demeure qu'une sorte de magma indifférencié duquel émergent
difficilement quelques images fortes. Comme si la prédominance accordée
à l'aspect extérieur, formel, répétitif, avait gommé toute l'émotion
qui devrait jaillir de ce qui est, tout de même, une histoire d'amour
tragique, et perdurer longtemps après la vision du mot "fin". Tel n'est
pas le cas et il est tout de même fort dommage que la froideur
distanciée du mécanisme narratif gèle la flamme fondamentale.
Reste une construction scénaristique intéressante et un sujet
passionnant habilement traité.