Nous
sommes au début des années soixante. Lors d'une kermesse dans le
village qu'il habite, Jacques Pouzay (Jacques Villeret) donne, comme à
l'accoutumée, un spectacle de clown amateur. Les habitants apprécient,
contrairement au jeune Lucien (Damien Jouillerot), son fils, qui trouve
cette pantalonnade ridicule. Un ami de son père, André Designy (André
Dussollier), navré de son attitude, décide de lui expliquer la raison
de cette passion étrange. Peu après le débarquement allié en 1944,
Jacques et André, dans un coup de folie exubérante, décident de
participer , à leur modeste niveau, à la libération de la France. Leur
objectif : détruire le poste d'aiguillage voisin. Malheureusement le
cheminot chargé de son fonctionnement, Felix Gerbier (Victor Garrivier)
est grièvement blessé et les Allemands s'emparent de quatre otages avec
menace de les exécuter si les coupables ne se dénoncent pas...
Voilà
ce que certains appellent du cinéma tranquille, pépère pour ne pas dire
pantouflard. A partir d'un fait horrible, le réalisateur (car le roman
est, paraît-il, beaucoup plus intense et poignant) a concocté une
histoire gentillette, sympathique, bourrée de bonnes qualités
françaises, entre dialogues efficaces, psychologie sommaire mais
suffisante pour rendre les personnages savoureux, et acteurs
charismatiques. Loin d'entrer dans le monde souterrain des résistants
"authentiques" de "l'armée des ombres (Jean-Pierre Melville), nous
observons ici, avec une angoisse souvent désagrégée par un humour bon
enfant, le monde des sans grades, des personnages falots, des témoins
craintifs, qui attendent que l'orage passe sans se mouiller. Cela ne
signifie pas que l'intérêt soit totalement absent. Ces êtres simples,
timides, qui flirtent parfois avec la lâcheté, cachent une tendresse
émouvante sous leurs dehors tièdes. Il y a les tragédies intenses, les
destins exceptionnels qui, à l'occasion d'événements majeurs,
métamorphosent un humain ordinaire en héros digne d'Homère. Jacques et
André ne sont pas de cette trempe-là, mais leur modeste quotidien, s'il
ne fait pas vibrer notre coeur au diapason du sublime, n'en est pas
moins proche de nous. Le personnage de Louise (Isabelle Candelier
rayonnante et lumineuse) rend à la fois crédible et dérisoire ce geste
de matamores infantiles. A l'image de ses "héros" médiocres, le film
adopte un ton badin, tandis que la mise en scène, des plus classiques,
semble appartenir à une époque révolue. Finalement, l'émotion
principale naît bien davantage de la vision d'un Jacques Villeret
discourant sur la mort quelques mois avant son décès, que de la trame
scénaristique dont l'aspect bonhomme frôle souvent la fadeur...