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" Embrassez qui vous voudrez ",      2002,

de : Michel  Blanc, 

avec : Charlotte Rampling, Michel Blanc, Jacques Dutronc, Carole Bouquet, Karin Viard, Clotilde Courau, Denis Podalydès, Vincent Elbaz, 

Musique : Mark  Russell

*******

     

    Bertrand Lannier (Jacques Dutronc) possède une importante agence immobilière à Paris. Avec sa femme Elizabeth (Charlotte Rampling), ils ont loué pour une semaine dans un palace du Touquet afin d'effectuer un "break". Leurs amis Jérôme (Denis Podalydes) et Véronique (Karin Viard), en compagnie de leur fils Loïc (Gaspard Ulliel), ont décidé de faire de même, malgré leur manque d'argent quasi absolu. Tous, moins Bertrand qui, au dernier moment, a décidé de demeurer à Paris, se retrouvent au bord de la mer du Nord, en compagnie de Julie (Clotilde Courau), mère célibataire, accompagnée de son bébé qui pleurniche sans cesse. Tandis qu'Elizabeth et Julie se pavanent au Westminster Hôtel, Jérôme et sa femme croupissent en secret dans une caravane. Ils font bientôt la connaissance de Lulu (Carole Bouquet), harcelée jour et nuit par son compagnon, Jean-Pierre, maladivement jaloux. Pendant ce temps, la fille de Bertrand, Emilie (Lou Doillon), part à Chicago en compagnie de son amant, Kevin (Sami Bouajila), employé de son père...

    Michel Blanc voulait, paraît-il, appeler primitivement son film : "voyez comme on danse". Effectivement, c'est à une ronde virevoltante que nous assistons, et devant l'imbroglio des tempéraments, la valse des cœurs et l'enchevêtrement des corps, la tête nous tourne ! Le moins que l'on puisse dire est que l'humanité, vue à travers le regard et la caméra du réalisateur, n'est pas franchement affriolante. Cette tendance était déjà perceptible dans "Marche à l'ombre" sous une forme comique issue directement des "Bronzés" ou de "Viens chez moi, j'habite chez une copine", se renforçait très nettement dans "Grosse fatigue" et, surtout, dans "Mauvaise passe". Ici, il n'y a pratiquement plus personne à sauver de la noyade intégrale. Qu'ils soient jeunes, vieux, hommes, femmes, tous les p

    Jérôme, traumatisé par la perte d'un enfant, traîne la misère du monde sur ses épaules. Véronique partage sa vie entre un impossible rêve de grandeur et des récriminations permanentes. Julie, dont le tempérament de mère n'est pas franchement très développé, passe son temps à tomber dans les bras de séducteurs hypocrites, en croyant avoir trouvé le grand amour. Bertrand, (excellent Jacques Dutronc, toujours éternellement lunaire et désabusé), s'offre une expérience sexuelle avec un hermaphrodite. Emilie est une nymphomane caractérielle. Kevin, un petit escroc. Jean-Pierre voit à chaque seconde sa femme entre les bras d'un bellâtre. Quant à Lulu, elle supporte cette hystérie sans vraiment choisir une solution libératoire. Même la jeunesse, représentée par l'attendrissant Loïc, ne prend pas réellement la voie de l'harmonie. Son expérience, avec une jolie camarade de vacances, n'est pas le pied, puisqu'il atterrit, finalement, dans les bras d'Elizabeth, qui pourrait être sa mère ! Reste le cas de cette dernière, autour de laquelle tournent les girouettes de ce manège infernal. Servie par le charme distingué, l'inimitable classe, de Charlotte Rampling, elle est plus difficile à cerner. Mêlant la conscience à la passivité, le détachement à la mélancolie, elle parvient  à glisser une étincelle d'humanité dans ce cloaque nauséeux. Il n'empêche que le rire est loin d'être absent de cette oeuvre, mais il prend évidemment la coloration du limon qui le génère et, lorsqu'il jaillit, ne peut être que sarcastique, grinçant et jaune sale. 

    A coups de dialogues vifs, de personnages habités par leur pénombre, grâce à une distribution somptueuse, Michel Blanc réussit une miniature corrosive et horriblement désenchantée de la nature humaine.  

Bernard  Sellier               

 

 

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