Bertrand Lannier (Jacques Dutronc) possède une
importante agence immobilière à Paris. Avec sa femme Elizabeth
(Charlotte Rampling), ils ont loué pour une semaine dans un palace du
Touquet afin d'effectuer un "break". Leurs amis Jérôme (Denis
Podalydes) et Véronique (Karin Viard), en compagnie de leur fils Loïc
(Gaspard Ulliel), ont décidé de faire de même, malgré leur manque
d'argent quasi absolu. Tous, moins Bertrand qui, au dernier moment, a
décidé de demeurer à Paris, se retrouvent au bord de la mer du Nord, en
compagnie de Julie (Clotilde Courau), mère célibataire, accompagnée de
son bébé qui pleurniche sans cesse. Tandis qu'Elizabeth et Julie se
pavanent au Westminster Hôtel, Jérôme et sa femme croupissent en secret
dans une caravane. Ils font bientôt la connaissance de Lulu (Carole
Bouquet), harcelée jour et nuit par son compagnon, Jean-Pierre,
maladivement jaloux. Pendant ce temps, la fille de Bertrand, Emilie
(Lou Doillon), part à Chicago en compagnie de son amant, Kevin (Sami
Bouajila), employé de son père...
Michel Blanc voulait, paraît-il, appeler primitivement son film :
"voyez comme on danse". Effectivement, c'est à une ronde virevoltante
que nous assistons, et devant l'imbroglio des tempéraments, la valse
des cœurs et l'enchevêtrement des corps, la tête nous tourne ! Le moins
que l'on puisse dire est que l'humanité, vue à travers le regard et la
caméra du réalisateur, n'est pas franchement affriolante. Cette
tendance était déjà perceptible dans "Marche à l'ombre" sous une forme
comique issue directement des "Bronzés" ou de "Viens chez moi, j'habite chez une copine", se renforçait très
nettement dans "Grosse fatigue" et, surtout, dans "Mauvaise passe".
Ici, il n'y a pratiquement plus personne à sauver de la noyade
intégrale. Qu'ils soient jeunes, vieux, hommes, femmes, tous les p
Jérôme, traumatisé par la perte d'un enfant, traîne la misère du monde
sur ses épaules. Véronique partage sa vie entre un impossible rêve de
grandeur et des récriminations permanentes. Julie, dont le tempérament
de mère n'est pas franchement très développé, passe son temps à tomber
dans les bras de séducteurs hypocrites, en croyant avoir trouvé le
grand amour. Bertrand, (excellent Jacques Dutronc, toujours
éternellement lunaire et désabusé), s'offre une expérience sexuelle
avec un hermaphrodite. Emilie est une nymphomane caractérielle. Kevin,
un petit escroc. Jean-Pierre voit à chaque seconde sa femme entre les
bras d'un bellâtre. Quant à Lulu, elle supporte cette hystérie sans
vraiment choisir une solution libératoire. Même la jeunesse,
représentée par l'attendrissant Loïc, ne prend pas réellement la voie
de l'harmonie. Son expérience, avec une jolie camarade de vacances,
n'est pas le pied, puisqu'il atterrit, finalement, dans les bras
d'Elizabeth, qui pourrait être sa mère ! Reste le cas de cette
dernière, autour de laquelle tournent les girouettes de ce manège
infernal. Servie par le charme distingué, l'inimitable classe, de
Charlotte Rampling, elle est plus difficile à cerner. Mêlant la
conscience à la passivité, le détachement à la mélancolie, elle
parvient à glisser une étincelle d'humanité dans ce cloaque
nauséeux. Il n'empêche que le rire est loin d'être absent de cette
oeuvre, mais il prend évidemment la coloration du limon qui le génère
et, lorsqu'il jaillit, ne peut être que sarcastique, grinçant et jaune
sale.
A coups de dialogues vifs, de personnages habités par leur pénombre,
grâce à une distribution somptueuse, Michel Blanc réussit une miniature
corrosive et horriblement désenchantée de la nature humaine.