Abe Sada (Eiko Matsuda) est une jolie jeune
femme, employée dans une sorte de salon de thé. A la suite d'une
altercation avec la patronne, elle est remarquée un jour par le mari de
celle-ci, Kichizo Ishida (Tatsuya Fuji). Elle devient sa maîtresse,
puis prend carrément la place de l'épouse. Inséparables, ils se coupent
petit à petit du monde pour savourer leur passion...
Le milieu de la décennie 70 a marqué la libération de la représentation
sexuelle à l'écran. Lorsqu'on regarde aujourd'hui "La Ronde" (1964) de
Roger Vadim ou certaines productions de l'époque avec Brigitte Bardot,
qui étaient interdites aux moins de dix-huit ans, parce qu'un quart de
sein apparaissait à l'écran, on ne peut que sourire. "L'empire des
sens" est célèbre aujourd'hui encore pour son aspect provocateur.
Celui-ci, il faut le reconnaître, n'a rien perdu, grâce à sa
composition habile où se mêlent approche érotico-pornographique et art,
de sa force et de sa démesure, malgré les "Baise-moi", "Anatomie de l'enfer", ou
autres "Romance X". Dans
les oeuvres de Catherine Breillat, le plaisir sexuel est
quasiment écrasé par un psychisme auto-masturbateur. Ici, c'est dans
l'action physique que se manifeste la dérive pathologique mentale des
personnages. Ceux-ci s'adonnent à un étrange jeu du Yin et du Yang,
dans lequel c'est l'homme qui devient une sorte d'objet sexuel, de
pantin obéissant. Le réalisateur ne cherche pas à s'enfoncer dans le
gouffre intérieur des protagonistes, à disséquer les motivations
profondes. Comme un entomologiste, il observe les comportements, la
répétitivité des gestes, les visages en quête d'absolu, les corps qui
tentent désespérément d'atteindre un Nirvana impossible. Kichi passe
progressivement de la situation de mâle dominant à l'état de proie
soumise. Ada, inoubliable, tantôt enfant rieuse et spontanée, tantôt
mante religieuse inquiétante et cannibale, s'enfonce, au-delà
du simple plaisir, dans une sorte de fusion morbide, de désir perpétuel
pathologique. Certes, l'ensemble est un peu long, d'une lenteur qui
rend parfaitement tangible la plongée dans l'excitation permanente,
dans l'oubli du temps, des rituels que sont la toilette, l'absorption
de la nourriture, le besoin de sommeil. Mais le film conserve, trente
ans après sa sortie, une aura magnétique qui grave chez le sepctateur
le souvenir indélébile de ces amants quêtant dans la mort
l'accomplissement d'une passion absolue.