Avril
1946, à Miami. Karl Huberman, un ancien partisan nazi, est condamné à
vingt ans de prison. Sa fille, Alicia (Ingrid Bergman), qui n'a jamais
partagé ses convictions, tente de trouver l'oubli dans l'alcool. Elle
fait la connaissance, au cours d'une soirée bien arrosée, de T.R.
Devlin (Cary Grant), homme charmant, dont elle s'éprend. Mais il lui
révèle rapidement ce qu'il attend d'elle : reprendre contact avec
Alexander 'Alex' Sebastian (Claude Rains), qui était, naguère amoureux
d'elle. Il a formé, à Rio de Janeiro, un groupe d'anciens fascistes qui
semblent organiser d'inquiétants préparatifs. Devant l'indifférence que
lui porte Devlin, Alicia accepte et devient bientôt l'épouse d'Alex...
Un an après "la maison du Docteur Edwardes", Hitchcock retrouve la
délicieuse Ingrid Bergman et la plonge dans un drame à la fois
intimiste, sentimental et historique. Certes, ce dernier domaine est
seulement effleuré, et, pour ce qui est de l'aspect espionnage, nous
avons affaire au minimum, avec, faut-il s'en étonner, une histoire de
clé qui sera développée, plus habilement, huit ans plus tard, dans "Le crime était presque parfait". Ce qui retient surtout
l'intérêt dans cette oeuvre, c'est évidemment la relation tout en
non-dits et en manipulations, qui s'établit entre Devlin et Alicia. Le
premier est une sorte de monolithe impénétrable, dont la vérité
intérieure ne s'exprime que par un éternel demi-sourire énigmatique.
Cary Grant est parfait dans ce rôle de dissimulation et d'ambiguïté.
Quant à Ingrid Bergman, elle incarne la fragile héroïne hitchcockienne,
écartelée entre son amour et son dépit. On retrouve, dans le personnage
inquiétant de Madame Sebastian mère (Leopoldine Konstantin), une
réplique quasiment clonique de l'odieuse Madame Danvers ("Rebecca").
Au moyen de séquences courtes, incisives, le réalisateur fait défiler
avec dynamisme cette plongée dans le monde de la sournoiserie,
s'attachant beaucoup plus aux affres de la belle Alicia, qu'à une
vraisemblance qui n'a jamais été son fort. Même si le simplisme général
des situations comme des relations sentimentales, laisse un peu
frustré, l'épilogue ne manque pas de noblesse, et l'ensemble de passion.