James Leeds (William Hurt) arrive en tant que
nouvel enseignant dans l'établissement pour handicapés auditifs et
oraux dirigé par le docteur Curtis Franklin (Philip Bosco). Il est tout
de suite intrigué puis irrésistiblement attiré par une jeune femme,
Sarah Norman (Marlee Matlin), employée comme femme de ménage. Il se
rend très vite compte qu'elle est tout à fait capable de tâches moins
matérielles, mais elle se refuse obstinément à entrer en contact avec
lui. Ce n'est que partie remise...
Construit sur un canevas semblable à ceux de "Will Hunting" et de "A la
rencontre de Forrester", le film développe les trois niveaux inhérents
au genre : opposition agressive - observation - apprivoisement. Avec
les quelques variantes dramatico-sentimentales qui s'insinuent dans
chacun des paliers. Autant dire que le spectateur n'est jamais vraiment
surpris, encore moins bousculé, et que l'intérêt majeur réside dans la
qualité de l'analyse des personnalités, des blocages intérieurs et dans
le magnétisme plus ou moins grand des relations intimes. S'y ajoute
cependant, dans le cas présent, le fait que le personnage de Sarah soit
incarné par une actrice d'autant plus exceptionnelle, qu'elle-même est
sourde-muette. Pour son premier film, elle se montre aussi
convaincante, touchante, gorgée de colère, bourrée d'une énergie qui ne
demande qu'à exploser, que laissant percer sur son visage un éclair de
confiance et d'amour. Sans vouloir minimiser la qualité de
l'interprétation, toute en finesse, de William Hurt, il est évident que
le charme et la valeur de l'oeuvre reposent pour la plus grande part
sur elle. Sans pour autant négliger l'intrigue qui a l'intelligence et
la pudeur de ne jamais recourir à des explorations hautement
dramatiques ou à des traumatismes spectaculaires, façon "Le Prince des Marées".
Les événements, simples, amenés avec spontanéité, contribuent
grandement à installer une atmosphère authentique, qui favorise une
entrée en sympathie immédiate du spectateur avec un être a priori
inatteignable, puisque non communiquant par la parole. Mais, chacun le
sait, même intuitivement, le langage des gestes et, surtout, celui du
regard, sont au moins aussi éloquents que celui du verbe, et l'amour
véritable est l'énergie cohésive par excellence, et il n'existe aucune
haine qui lui résiste, pour la simple raison que celle-ci n'est qu'une
absence d'amour et n'a pas de réalité énergétique propre. Dommage,
peut-être, que les relations entre James et ses élèves se réduisent à
l'état de saynètes plus utiles au décor que véritablement signifiantes.
Mais Randa Haines a choisi d'axer son film sur la rencontre et
l'apprivoisement mutuel de deux êtres d'exception, et elle l'a fait
avec un respect tendre qui illumine le récit.