Paul Prieur (François Cluzet) tient un hôtel
au bord d'un lac. Un certain nombre d'habitués s'y retrouvent
périodiquement. Duhamel (Mario David), qui passe le plus clair de son
temps, la caméra à la main, pour filmer tout ce qui bouge ; Monsieur
(Jean-Pierre Cassel) et Madame (Christiane Minazzoli) Vernon, qui,
malgré leur âge, ne pensent qu'à la bagatelle ; et aussi le jeune
bellâtre Martineau (Marc Lavoine), fils du garagiste de la ville
voisine. Ce dernier n'est pas vu d'un fort bon oeil par Paul, dont la
femme Nelly (Emmanuelle Béart) semble très proche. Peu à peu, Paul
devient de plus en plus jaloux, espionne sa femme, lui fait des scènes.
C'est le commencement de l'enfer...
Claude Chabrol délaisse pour un temps son goût inné pour les autopsies
acides qui ont fait sa réputation ("Masques",
"Inspecteur Lavardin", "Poulet au vinaigre"...), et se concentre sur
cette maladie psychologique qui ronge les coeurs et désintègre l'amour.
Il opère cette étude avec la traditionnelle qualité d'écriture
classique qu'on lui connaît. Dans un microcosme volontairement
restreint, il suit, observe, caricature, traque, survole les petites
fourmis qui s'y agitent, en concentrant son objectif et son scalpel sur
deux d'entre elles. François Cluzet, extraordinaire, écartelé entre
attachement, souffrances, doutes, éclairs de violence ; Emmanuelle
Béart, juvénile, instinctive, parée d'une pointe d'ambiguité qui
fournit une assise à la progression pathologique de son mari. Sans
surprise, mais avec talent, Chabrol nous dissèque les phases évolutives
du mal, tant matérielles : questionnements, soupçons, fouilles,
filatures, harcèlement, violence physique, que psychologiques :
alternance de dépressions, d'élans de tendresse, de réconciliations, de
descentes dans le gouffre et de remontées à l'air libre. Même si la
progression du scénario et sa mise en images ne surprennent jamais, cet
enfermement graduel dans une idée fixe-prison est amené avec justesse
et génère une émotion authentique. Les surimpressions visuelles
(imagination négative créatrice de Paul qui colore les événements
visibles) sont plus convaincantes que la voix intérieure morbide qui,
par instants, insuffle son venin dans le cerveau réceptif. Quant à la
fin, elliptique et surprenante, elle offre une troublante analogie avec
le phénomène des trous noirs de l'espace : l'objet observé disparaît
soudain à la vue, tandis qu'il s'enfonce, éternellement ?, dans une
spirale effrénée de folie délirante.
Intense et glaçant.