Robert Clayton Dean (Will
Smith) est avocat. Marié à Carla (Regina King), et père de deux
enfants, il mène une vie tranquille, même s'il entretient, en secret,
des relations purement professionnelles, avec son ancienne maîtresse,
Rachel Banks (Lisa Bonet). Son chemin croise un jour, fortuitement,
celui d'un ancien camarade, Daniel Leon Zavitz (Jason Lee), poursuivi
par les services secrets. Daniel, qui trouve la mort peu après, a eu le
temps de glisser subrepticement un disque dur dans les sacs de Dean. Y
est enregistré l'assassinat ordonné par Thomas Brian Reynolds (Jon
Voight), du député Phillip Hammersley (Jason Robarts), officiellement
mort d'une crise cardiaque. Ayant à sa disposition les moyens les plus
modernes de surveillance, Reynolds se rend compte que Dean a reçu
l'enregistrement sans le savoir. Dès lors, il entreprend de discréditer
totalement la vie de l'avocat et de retrouver coûte que coûte le
disque...
Sur un thème simple (un homme détient une preuve que le coupable désire
récupérer) et un canevas tout aussi rudimentaire (la proie inconsciente
tente d'échapper à ses poursuivants), Tony Scott construit un film dont
la valeur globale est infiniment supérieure à la somme de ces deux
éléments. Avec une énergie débordante (à côté, "Spy
game"
ressemble à un petit film bien pépère !), un montage au
hachoir, une continuité harassante dans la turbulence, il parvient,
pendant les quatre-vingt dix premières minutes, à scotcher le
spectateur sur son siège et à l'amener au bord de la suffocation !
Grâce à un mélange savamment dosé de courses poursuites classiques et
de matériel électronique pisteur, l'envoûtement immédiat qui naît de
l'amoncellement efface totalement l'arbitraire des situations et la
compression temporelle des événements. La raison est débranchée, seul
le coeur et les nerfs palpitent, trépident, au rythme de cette
captation absolue de la vie d'un humain, devenu clignotement sur une
multitude d'écrans. La conjonction, en quelques dizaines de minutes,
des moyens techniques les plus sophistiqués (micros, caméras, relais
satellitaire, localisation et suivi dans les rues comme à l'intérieur
des bâtiments...), provoque le vertige et nous donne l'impression d'un
écrasement inéluctable. Et dire que nous ne sommes qu'au début de cette
révolution ! Le virage vers une phase moins agitée se fait habilement
et le dénouement, bien que regagnant le domaine traditionnel des tirs
tous azimuts, ne manque ni de logique ni d'efficacité. Will Smith,
orienté au commencement vers une réplique douce d'un "Bad Boy" policé,
évolue naturellement au fil de ses prises de conscience, et son face à
face avec le personnage mystérieux de Edward 'Brill' Lyle (Gene
Hackman) offre un contraste assez piquant.
Ce n'est pas d'une subtilité folle, assurément. Mais il est indéniable
que l'efficacité est au rendez-vous à 100%, le rythme à 120%, et que
l'ensemble est fascinant. Sans compter que, lorsque l'ouragan est
passé, que le taux d'adrénaline est revenu à des niveaux normaux, peut
s'amorcer une utile réflexion sur le degré d'autonomie concédable à
l'homme, les délicates limites entre protection de la population et
atteinte intolérable à la vie privée, ainsi que sur les dangers de la
main mise occulte de l'état (ou de tout autre groupe détenant le
pouvoir) sur les libertés individuelles. De quoi faire réfléchir dans
les chaumières...