Juillet
1959. Il y a déjà cinq ans que le "guerre" d'Algérie a commencé. Ou
plutôt, comme il était dit à l'époque, le combat contre les rebelles
sauvages du FLN, puisque le terme de guerre n'a été reconnu qu'en 1999.
Le lieutenant Terrien (Benoît Magimel) arrive en Kabylie alors que l'un
des officiers vient d'être tué par les siens à la suite d'une bavure.
Dès le début, Terrien se heurte au sergent Dougnac (Albert Dupontel),
qui se montre un adepte des méthodes brutales. L'ordre est reçu de
traquer l'un des chefs rebelles, Slimane. Les soldats français
investissent le petit village de Taïda, dans lequel Slimane vient
régulièrement rançonner les habitants...
A travers quelques mois de la vie, et surtout de la mort, de
quelques uns des deux millions de jeunes appelés rançais, et à travers
le regard horrifié du jeune lieutenant idéaliste et humaniste, le film
synthétise toute l'horreur et la folie des guerres, quelles qu'elles
soient. Il renvoie dos à dos les deux camps dont les exactions barbares
finissent par provoquer un engrenage infernal dont personne, même les
survivants, ne sort indemne. Il n'y a pas de héros, pas de surhommes,
et même ceux qui ont "l'expérience" de la guerre n'évitent pas la
plongée dans le désespoir. Evidence, assurément, mais qui a parfois
besoin d'être surlignée avec insistance. Le dénouement, que certains
critiques ont reproché au réalisateur, semble au contraire une issue
logique, cruellement juste, qui évoque, certes sans en atteindre
l'intensité poignante, le destin torturé de Nick
Chevotarevitch dans "Voyage au bout de l'enfer".
Benoît Magimel et Albert Dupontel portent quasiment à eux seuls le
film, partagé entre moments de violence et prises de conscience
douloureuses. La mise en scène nerveuse, la tonalité sombre et grisâtre
des images donnent à l'ensemble une authenticité indéniable. Quant à
l'utilité de la démarche historique, elle se passe de commentaires,
même si le réalisateur a privilégié une approche "coup de poing" à une
vision plus universelle du conflit.