Depuis
plusieurs années, Louis Salinger (Clive Owen) enquête, d'abord pour
Scotland Yard, puis pour un Procureur new-yorkais, sur l'implication
d'une grande banque luxembourgeoise, L'IBBC, dans le blanchiement
d'argent et la vente internationale d'armes. Après la mort plus que
suspecte de son coéquipier Thomas (Ian Burfield) à Berlin, Salinger
décide d'affronter directement le Président de la banque, Jonas
Skarssen (Ulrich Thomsen), suite à l'accident dont a été victime l'un
de ses directeurs financiers, André Clément (Georges Bigot). Mais cette
initiative ne donne pas davantage de résultats que les précédentes...
Le dernier film du réalisateur de "Heaven"
et du "Parfum" ne révolutionne peut-être pas le genre qu'il aborde ( le
thriller, ici politico-financier ), mais il s'installe à l'évidence
près des sommets atteints par les réussites majeures du genre. Tout
d'abord sur le plan du suspense et de l'action en elle-même. Tendue
comme un arc, l'intrigue ne laisse pas au spectateur un instant de
répit, tandis que le moment de "bravoure", situé dans le décor en
colimaçon, très original, du musée Guggenheim, et monté de manière fort
lisible ( ce qui est de plus en plus rare ), rappelle celui, mémorable,
de "Heat".
Sans compter que Clive Owen se montre
tout à fait convaincant dans le registre de l'enquêteur jusqu'au
boutiste. Mais les séquences adrénalinogènes étant devenues monnaie
courante aujourd'hui, c'est dans le fond de l'histoire que se niche le
plus passionnant. Cette plongée en apnée au coeur du monde souterrain
des multinationales et des empires financiers, qui n'a rien de
fictionnel, hélas, démontre avec une évidence écoeurante, à quel point
l'ensemble du monde est définitivement gangrené de l'intérieur. Et,
comme le souligne avec justesse le personnage trouble qu'incarne Armin
Mueller Stahl, sans aucun espoir de retour, puisque terriens, nations,
et systèmes politiques appartiennent désormais à un système qui
n'existe que pour le profit. Le dénouement, à travers une action
volontairement dérisoire, signe d'ailleurs, mieux que toute
explication,
l'impuissance criante de la justice et du droit face à une pieuvre
indestructible, qui musèle la planète entière.
Très efficace, voire par moments tétanisant à l'extérieur et terrifiant sur le fond.