Le Ly
(Hiep Thi Le) est une jeune Vietnamienne qui vit paisiblement dans ce
qui est, pour elle, le plus beau village du monde. Mais, en 1953, les
Français arrivent et inaugurent une longue période de guerre et de
misères. Dix ans plus tard, ce sont les Américains qui débarquent.
Tiraillés entre les Vietcongs et les forces du sud, les villageois n'en
finissent plus d'être déchirés physiquement et moralement. Le Ly est
arrêtée et torturée. Libérée grâce à l'argent de sa dot, elle
doit fuir son village qui la considère désormais comme une traîtresse.
Elle habite un temps Saïgon et devient servante d'un riche marchand.
Mais pour avoir cédé aux avances du maître, elle est chassée
et donne naissance à un petit garçon, Jimmy. Quelques années
plus tard, elle fait la connaissance d'un sergent, Steve Butler (Tommy
Lee Jones) qui devient rapidement amoureux d'elle et lui propose de
l'épouser...
Troisième volet de la trilogie extrême-orientale d'Oliver Stone, après
"Platoon" (1986) et "Né un 4 juillet" (1989). Fondé sur les
ouvrages de Le Ly, cette oeuvre est une fresque historique couvrant
plusieurs décennies de guerre, en même temps qu'un drame personnel et
une quête de l'identité. Illuminé par la beauté de Le Ly, parsemé de
scènes dramatiques, incrusté de paysages d'une beauté magique qui
contraste avec la violence des hommes, le film a cependant, je trouve,
une certaine difficulté à émouvoir dans la durée. Il a souvent été dit
que la seconde partie, qui voit la difficile intégration américaine de
la jeune femme, mais celle, plus grande peut-être encore de ce sergent
qui est incapable de s'extirper des images d'enfer qu'il rapporte avec
lui, était plus faible que la première. C'est assez juste, dans la
mesure où le personnage de Tommy Lee Jones, par ailleurs fort émouvant,
est parachuté au bout d'un temps long. Il est donc assez difficile
d'entrer dans la profondeur de cet homme torturé par la culpabilité,
d'autant que son changement intérieur est précipité d'une
manière assez abrupte. Le réalisateur n'a pas retrouvé ici la puissance
qu'il avait insufflée au survivant Ron Kovic.
Mais ce n'est là, je pense, qu'un aspect secondaire, qui n'explique pas
vraiment la certaine distance que j'ai ressentie vis à vis de cette
expérience dramatique de vie. La cause en serait davantage, peut-être,
un certain didactisme issu de la narration en voix off, qui commente
les événements à la lumière des enseignements bouddhistes. Voulue, fort
probablement, par l'auteur, cette explication répétitive des liens avec
les ancêtres, des dettes karmiques et de la roue des réincarnations
couvre les horreurs et la folie des hommes d'un manteau qui éteint
quelque peu l'émotion. La compensation est, en revanche, l'intégration
d'une sorte de voile de sagesse qui parle, non plus à la nature
émotionnelle du spectateur, mais, plus subtilement, à son âme.
Une oeuvre étrange, dérangeante et, par instants, mais par instants
seulement, magique.