Songlian (Gong Li) a 19 ans.
Elle devient la quatrième épouse d'un homme riche appartenant à la
famille Chen. Elle s'installe dans la grande demeure de son conjoint et
fait connaissance avec les trois premières épouses, dont la seconde,
Zhuoyun (Cuifen Cao) et la troisième, une ancienne cantatrice, la jolie
Meishan (Caifei He). Chaque soir, le maître fait allumer les gros
lampions devant la maison de la femme choisie pour la nuit. Les
tensions ne tardent guère à s'établir entre les quatre épouses...
Le cinéma extrême-oriental et chinois en particulier, aime les
extrêmes. Soit nous assistons à des spectacles débridés, à l'agitation
désordonnée, dans lesquels les protagonistes, guerriers ou fantômes,
sautent, se contorsionnent, volent, comme montés sur ressorts. Soit
nous nous trouvons, comme ici, devant une suite de tableaux lents,
répétitifs, dans lesquels le temps semble s'être définitivement arrêté,
dans une unité de lieu totale. Les plans sont fixes, souvent les mêmes.
Les mouvements mesurés de la caméra s'accordent à l'académisme bridé
qui enveloppe ce drame. Seuls les changements de
saisons apportent un changement infime à ce décor immuable. Si
n'apparaissait dans le cours de l'histoire un gramophone qui permet de
situer celle-ci dans les années 1930 ou 1940, on pourrait tout aussi
bien s'imaginer au Moyen-Age ou au vingt sixième siècle, tant
l'atmosphère figée est totalement séparée, dissociée, de l'espace et de
l'époque.
Pour le spectateur occidental moyen, il est difficile d'imaginer que de
telles conditions d'existence puissent se perpétuer dans un semblable
immobilisme féodal. Beaucoup de civilisations font de la femme une
sous-créature. Ici, nous sommes dans le pays qui a donné naissance à
une civilisation raffinée, à une philosophie évoluée, à Confucius, au
génial Yi-King... Tout est donc subtilement structuré. La femme est un
objet, bien sûr, mais décoré, servi, vénéré dans la mesure où elle sert
les desseins de son époux tout puissant, d'une certaine manière adulé.
Sa vie est celle d'une prisonnière, bien sûr, mais dans un palais doré,
richement vêtue. Bien évidemment, sous ce vernis glacé, bouillonnent
les jalousies, les rancoeurs, les désirs de vengeance. Puisque les
volcans n'ont pas le droit de s'extérioriser, la lave court sous les
riches ornements, sous les robes chatoyantes et brûle les faibles, les
désespérés, ou les maladroits.
Peinture accablante et désespérante d'un monde pétrifié dans lequel
tout ce qui n'est pas rite est coutume, et tout ce qui n'est pas
coutume est tradition ! Mais nous sommes tellement éloignés,
sympathiquement, de cette civilisation, que les tragédies intérieures
vécues par ces femmes dans cette atmosphère hors du monde, nous
paraissent quelque peu abstraites et désincarnées.