Tout n'est pas rose bonbon dans la vie d'Erin
Brockovich (Julia Roberts). Si elle est mère de trois enfants, Matthew
(Scotty Leavenworth), Katie (Gemmenne de la Peña) et Beth (Emily
Marks), elle vit seule et vient d'avoir un accident de voiture. Elle
contacte un avocat, Ed Masry (Albert Finney), qui lui promet une
indemnité faramineuse. Mais, à la sortie du procès, elle est déboutée !
Furieuse, elle décide de se faire engager de force par le cabinet de
Masry. Après une entrée en fonction assez houleuse, elle finit par être
intégrée, et se prend de passion pour une affaire délicate : le géant
"Pacific gaz & électricité" semble avoir caché depuis de
nombreuses années que des rejets de chrome hexavalent dans la nappe
phréatique provoquaient de graves maladies chez les habitants voisins
de la centrale...
Inspiré de faits réels, tourné en partie sur le lieu même (Hinkley) de
cette tragique affaire, ce film, sorti la même année que "Traffic",
mais beaucoup moins original du point de vue facture, vaut surtout par
son sujet et la prestation de Julia Roberts. Dans ce personnage de
jeunette fofolle, dépassée par les événements, la poitrine pigeonnante,
des kilomètres de jambes nus, exubérante, volontiers vulgaire, capable
de sortir des réparties à la mitraillette, mais dotée d'un coeur gros
comme ça et d'un sourire à faire craquer les statues, elle est
enthousiasmante. Elle est de plus bien mise en valeur par son patron,
incarné par un Albert Finney excellent dans la demi-teinte et le côté
gros nounours pince-sans-rire. Quant au sujet, il ne peut que
réjouir l'humain lambda, éternellement écrasé par la mégalomanie et le
mépris criminel des puissants. Sans avoir l'air d'y toucher, en donnant
l'impression de filmer dans la simplicité et le détachement, le
réalisateur nous touche profondément, tant par la détresse maladroite
de ces habitants naïfs, que par l'espèce d'initiation d'Erin, qui passe
de la situation de perdante nunuche à celle de protectrice des
opprimés, non sans avoir souffert de voir sa spontanéité généreuse
confrontée aux finesses et magouilles judiciaires.
Pour l'anecdote, le photographe du film est Ed Lachman, futur metteur
en scène de "Ken Park".