Adam
Corbeau (François Berléand) est marié à Agnès (Catherine Frot). Mais il
a présentement deux problèmes graves : il a subi un coma de quelques
jours à la suite d'une chute de télésiège, ce qui lui procure des
moments d'amnésie, et sa femme, qui désire divorcer, vit avec une jeune
critique de cinéma, Catherine Hoffmann (Isabelle Carré). Il fait un
jour la connaissance de Bruno (Melvil Poupaud), qui travaille chez une
dominatrice, Dréanne (Claire Nebout). Ayant été éjecté de son
appartement par son amie Isabelle, le jeune homme accepte la
proposition d'Adam : occuper l'appartement parisien vacant depuis
l'hospitalisation de sa vieille mère. Bruno se met en tête de châtier
Catherine...
Dans la galaxie des comédies françaises qui recyclent souvent les mêmes
ingrédients assaisonnés à des sauces qui semblent sorties de la même
usine à vinaigrette, celle-ci a au moins le mérite d'une certaine
originalité dans le fondement tout comme dans la juxtaposition de
composantes rarement mélangées. Vaudeville, comédie romantique, comédie
psychologique (enfin, vaguement !), avec quelques incursions dans la
farce et le mélodrame (pour de rire !). Le tout saupoudré d'un vernis
sado-maso au ras des pâquerettes, bien loin du mystère léger que
faisait planer Luis Bunuel dans "Belle de jour".
Autant dire que l'émulsion de tous ces éléments n'est pas une mince
affaire pour le le plat ne soit pas exagérément indigeste et qu'il ne
sombre pas dans le grotesque. Grâce à des acteurs, savoureux pour la
plupart, la réalisatrice ne se sort pas trop mal de l'aventure.
Néanmoins, certains passages frôlent le ridicule, sans y tomber
vraiment, et l'intérêt de la trame subit plusieurs baisses de régime.
De plus, la sympathie que le spectateur peut porter à ces fantoches a
souvent bien de la difficulté à se maintenir, par la faute d'un
scénario trop lâche, qui navigue entre plusieurs approches avec une
superficialité de papillon.
Danièle Dubroux ne tombe pas dans le graveleux, le sordide, mais, en
revanche, maintient la narration dans une sagesse de bon aloi qui
entretient une certaine uniformité monocorde. La surprise est
d'ailleurs grande de voir que quelques critiques ont établi un rapport
avec le cinéma de Catherine Breillat, tant la relation hommes-femmes et
l'aspect sexuel tiennent, ici, d'un modernisme épidermique, sans aucun
rapport avec l'approche violente et intense de la réalisatrice de "Romance
X".
François Berléand est toujours magnifique en paumé "serpillière", de
même que Catherine Frot, délicieuse, que l'on regrette cependant de
voir cantonnée au personnage de nunuche à l'élocution perpétuellement
au bord de la crise d'asthme. Isabelle Carré, dans un rôle assez
casse-gueule, qui flirte avec la farce, se tire fort bien de l'épreuve.
Jacques François, dont c'était malheureusement le dernier rôle, vient
faire un petit tour bien nostalgique. Mais l'ensemble laisse davantage
le souvenir de quelques fragments scéniques à la fantaisie joviale, que
d'une composition structurée et clairement orientée.