Le Colonel Douglas Mortimer (Lee Van Cleef)
est un redoutable chasseur de primes. "Le Manchot" (Clint Eastwood)
travaille dans le même créneau, et n'est pas moins efficace. Ils se
retrouvent un jour, concurrents, pour s'emparer d'un chef de gang fort
dangereux, "l'Indien" (Gian Maria Volonte). Mais celui-ci possède
nombre de pistoleros, et l'affaire présente plus de difficultés que les
précédentes. Une association est donc envisagée. Il est décidé que "le
Manchot" s'infiltrera dans la bande, qui prépare l'attaque de la Banque
d'El Paso. Afin de se faire accepter sans problème, il fait évader de
prison l'un des amis de l'Indien, Sancho Perez (Panos Papadopulos)...
Dès les premières images, le monde narratif et cinématographique cher
Sergio Leone éclate : flegmatisme outrancier des têtes d'affiche,
trognes remarquables, théâtralité des situations, personnages hautement
pittoresques (le "Prophète"), osmose exceptionnelle entre images et
musique... Toutes les qualités, qui atteindront une sorte
d'accomplissement dans "Le
bon, la brute, le truand" et, surtout, dans "Il était une fois dans
l'Ouest", sont déjà présentes en germe. L'histoire elle-même
conserve des stigmates du thème simpliste de "Pour une poignée de
dollars", tout en composant le canevas de la future vengeance de
Charles Bronson. Le thème de la punition inexorable, du poids
douloureux des drames passés, s'amorce ici pour atteindre plus tard,
dans le châtiment d'Henry Fonda, une dimension quasi opératique. Cette
aventure pourrait donc passer pour un brouillon de ce qui sera le
chef-d'oeuvre westernien du réalisateur. Mais quel brouillon ! Habité
intensément par les trois figures hautes en couleurs de Mortimer, du
Manchot (quel charisme !), et de l'Indien, parsemé de scènes
d'anthologie (la première confrontation des deux chasseurs de primes),
saupoudré d'un humour froid délectable, l'ensemble, même s'il n'atteint
pas le génie des deux oeuvres suivantes, est toujours aussi
captivant, quarante ans après sa sortie !