Stephane
Leheurt, dit "Fane" (Jean-Pierre Bacri) part avec Lilas
(Pauline Lafont), que son voisin d'appartement lui a cédée, pour le
village où sa mère vient de mourir. Il retrouve là son frère
Maurice, "Mo" (Jacques Villeret), débile léger à la suite
de l'explosion d'une grenade avec laquelle il jouait, enfant. Fane
reprend possession de la vieille maison familiale, coincée entre deux
bâtiments du garage tenu par les frères Voke, Olivier (Jean
Bouise) et André (Guy Marchand). Ces derniers voudraient que Fane leur
vende la demeure, mais celui-ci s'y refuse totalement. Les voisins
commencent à jaser...
Treize
ans avant d'avoir obtenu le permis Bessonien de piloter des
taxis-bolides survitaminés, Gérard Krawczyk se contentait de
promener Jean-Pierre Bacri dans une antique Ami 6 pourrie. Les temps
étaient durs... Pourtant, même sans vrrroouuum vrrroouuum, ce film
beaucoup diffusé à la télévision ne manque pas d'un charme certain,
contrairement aux affligeants "Taxis2"
et "Taxi3".
Mais "l'été en pente douce" ne boxe bien sûr pas dans la
même catégorie ! Pas d'action, pas de délire pseudo-humoristique, pas
de psychologie profonde, ce serait d'ailleurs difficile étant donné le
niveau général des personnages !, pas de grandes phrases littéraires.
Seulement un constat simple et triste de la bêtise humaine dans ce
qu'elle a de plus sournois et destructeur. Des êtres stupides, bornés,
machos, vulgaires, ruminant leur connerie comme une herbe
délicieusement nourrissante. Au milieu de ce cloaque dans lequel la
rumeur et la calomnie tiennent lieu de conversation inspirée, émergent
Fane, Lilas et bien sûr Mo. Non que le personnage incarné par un
Jean-Pierre Bacri, toujours magistral dans son pessimisme violent, soit
vraiment différent de ceux qui l'agressent. La philosophie de sa
communication se résume à ces simples mots : "s'il m'emmerde,
j'le débranche" ! Simplement émerge au milieu de sa colère
bouillonnante une lueur d'intelligence qui lui fait comprendre qu'un
autre monde peut exister. Pauline Lafont, décédée l'année suivante
à 25 ans, que l'on ne revoit jamais sans une émotion profonde, est le
catalyseur érotique et lunaire qui va provoquer l'explosion finale.
Quant au "Mo" de Jacques Villeret, il est d'une humanité
touchante et fragile et sa découverte de la façon de "faire la
nature" reste longtemps gravée dans notre mémoire.
Une
oeuvre dont la mélancolie touchante est la principale qualité.