Joël
Barish (Jim Carrey) et Clementine Kruczynski (Kate Winslet) se sont
rencontrés, aimés puis séparés. La jeune femme, instable et
passablement caractérielle, a décidé de faire appel aux bons soins du
docteur Howard Mierzwiak (Tom Wilkinson), pour effacer de sa mémoire la
totalité des souvenirs de cette relation. Lorsque Joël s'en aperçoit,
il se résout, la mort dans l'âme, à effectuer le même nettoyage. Mais,
pendant le processus, une partie de lui se rebelle et tente, par divers
moyens et ruses, de sauvegarder quelques fragments...
Un homme mal dans sa peau, une jeune femme désorientée, une plage, une
approche maladroite : rencontre somme toute plus que banale. Mais cette
ouverture en forme de comédie sentimentale, style "Un homme et une
femme" ( sans chabadabada ), vire rapidement au cauchemar. L'un des
protagonistes a choisi de passer un coup de gomme définitif sur le
parcours sentimental qui s'est imprégné dans ses neurones. Que peut
faire l'unique survivant de cette mémoire unicellulaire ? Demeurer seul
conscient des heures partagées avec un être devenu volontairement
amnésique ? Impossible, même si ces moments n'ont pas tous brillé par
leur joie ou leur harmonie !
A partir de ce constat et de la décision qui s'ensuit, l'histoire
éclate brusquement et disperse sur l'écran des myriades de morceaux
épars, de souvenirs tantôt bruts, incontrôlés, tantôt à la limite de la
domestication que tente d'exercer la part réfractaire du patient. La
grande portion centrale du récit se voit donc fragmentée plus ou moins
anarchiquement. Les tentatives d'effacement progressif font se
télescoper des scènes réelles et des constructions de l'inconscient qui
tente par ruse de fuir le formatage complet du "disque dur" mental.
Dire que l'on assiste alors à un cafouillage visuel intense est un doux
euphémisme. La chronologie, la logique, l'objectivité, volent en éclats
et s'éparpillent tous azimuts. La juxtaposition des délires séquentiels
ferait quasiment passer le morcellement extrême et sophistiqué de "21 Grammes" pour une
construction logiquement ordonnée, voire simpliste ou
primaire.
Le principe fondamental de l'histoire, au demeurant passionnant, permet
à Michel Gondry de nous offrir une diversité répétitive dans laquelle
une séquence vitale peut être visualisée, pétrie, malaxée, de cent
façons différentes. Il faut reconnaître que cette accumulation
exubérante donne naissance à un foutoir quelque peu lassant, d'autant
que pendant un laps de temps assez important, contrairement à ce qui se
produisait, par exemple, dans "L'effet papillon", ne se profile pas une
évolution franche dans la trame narrative. Par bonheur, lorsque cette
longue nuit du travail d'effacement se clôt, l'histoire respire à
nouveau et reprend une forme intellectuellement et émotionnellement
appréhensible.
Une tendresse aussi bienfaisante que sincère, se dégage finalement de
cette conjonction de drames, desquels l'être humain sort meurtri et
ravagé psychologiquement, mais peut-être plus viscéralement vivant
qu'auparavant. Jim Carrey abandonne son extraversion explosive
naturelle pour une intériorisation, une sensibilité frémissantes,
doublées d'une émouvante sobriété , qualités que l'on avait déjà
perçues dans l'excellent "Truman Show", et cette
métamorphose en un loser taciturne, timide et maladroit lui va, ma foi,
très bien ! Kate Winslet est également remarquable.
Film sur
IMDB