Octobre 1947. Le pilote de
chasse Chuck Yeager (Sam Shepard) dépasse en avion la vitesse de 1200
kilomètres heure, "le mur du son" réputé infranchissable et mortel. Six
ans plus tard, sur la base délabrée d'Edwards, au fin fond de
l'Amérique profonde, arrivent quelques pilotes qui prendront bientôt
place parmi les sept retenus pour être les premiers astronautes. Il y a
là Virgil "Gus" Grissom (Fred Ward), John Glenn (Ed Harris), Gordon
Cooper (Dennis Quaid), Scott Carpenter (Charles Frank), Walter Schirra
(Lance Henriksen), Alan Shepard (Scott Glenn). Mais le premier à être
envoyé dans l'espace sera... un chimpanzé...
Vaste fresque sur les débuts, difficiles à tous points de vue, de la
conquête spatiale, vue du côté américain. Seize ans de labeur, de
courage, de catastrophes qui vont de la fin de l'ère subsonique au
dernier vol en solitaire effectué en 1963 par Gordon Cooper. Tout
commence avec la personnalité fascinante de Yeager, sorte de héros
intimiste qui joue à se dépasser constamment, mais conserve une
attitude humble et solitaire. Il est une sorte de référence, de symbole
permanent du "toujours plus loin, toujours plus vite", mais en-deça de
la médiatisation outrancière qui transforme en super Américains des
hommes qui n'ont toujours pas quitté le plancher des vaches !
Philip Kaufman a privilégié, dans cette saga, l'approche intimiste,
familiale, humaine. On assiste aux espoirs de ces hommes que la science
a propulsés hors du commun des mortels, à leur apprentissage
douloureux, aux tests humiliants qu'ils doivent subir, aux difficultés
relationnelles avec leurs familles, aux pressions des journalistes qui
harcèlent encore davantage leurs épouses qu'eux-mêmes. Le réalisateur a
eu l'intelligence de peindre en hommes ces futur héros. Mais cela se
fait tout de même quelque peu au détriment du spectacle, pour ne pas
parler de spectaculaire. Certaines longueurs ne sont pas vraiment
indispensables, ni psychologiquement, ni dramatiquement, et
entretiennent une certaine langueur nuisible à l'élan général
qui anime ces pourfendeurs d'espace. Pour résumer quelque peu
grossièrement : un peu trop de descriptions horizontales pour une
oeuvre qui est tournée entièrement vers le vertical...
"L'étoffe des héros" n'en demeure pas moins un excellent film,
magnifiquement servi par des acteurs hautement charismatiques, parsemé
de magnifiques scènes poétiques (les "lucioles" mystérieuses que Glenn
aperçoit de sa capsule), auquel il manque toutefois, à mon sens, la
grandeur et le souffle épiques qui en auraient fait un chef d'oeuvre
inoubliable.