Le
dernier jour de la première guerre mondiale, naît à La nouvelle Orléans
un étrange bébé. Il présente l'apparence physique d'un vieillard, avec
arthrose, cataracte... Sa mère meurt en lui donnant le jour. Quant à
son père, Thomas Button (Jason Flemyng), il l'abandonne, dès qu'il
l'aperçoit, sur les marches d'un hospice pour personnes en fin de
vie. L'enfant est recueilli et adopté par une jeune femme noire,
Queenie (Taraji P. Henson), qui l'élève parmi ses vieux pensionnaires.
L'enfant grandit et semble miraculeusement rajeunir. Sa santé
s'améliore. Il fait un jour la connaissance de la jeune Daisy (Elle
Fanning), et succombe à son charme. Agé de 17 ans, il part sur un
remorqueur en compagnie du capitaine Mike (Jared Harris) qui l'avait
engagé quelques années plus tôt comme "enfant" à tout faire...
Voilà vraiment le genre de pitch "hénaurme" que l'on pourrait
juger totalement improbable au premier abord, voire aberrant pour ne
pas dire idiot ! Et pourtant, il faut bien reconnaître que son
développement fonctionne ! Ou, plus précisément, qu'il donne naissance
à un film superbe, esthétiquement et émotionnellement parlant. Les
trucages sont d'une telle qualité que le spectateur finirait presque
par croire à l'impossible marche de ce petit vieillard à contre-courant
de l'écoulement normal du temps. Mais à côté de cette incontestable
réussite, loin d'être acquise d'avance sur le plan de la crédibilité,
certains points ne se présentent pas sous un jour aussi positif. Tout
d'abord une lenteur chronique dans une longue première moitié du récit,
peuplée de séquences parfois émouvantes, souvent délicates, mais dont
le contenu ne présente pas toujours un intérêt de premier plan. La
narration semble éprouver une certaine difficulté à sortir de l'orbite
rigide formatée par le concept réducteur du départ. Le dilemme devait
d'ailleurs être majuscule : conserver jusqu'au dénouement la "logique"
de l'invraisemblable postulat originel au risque de sombrer dans
l'aberrant ; ou bien bifurquer en cours de route, abandonner les
rivages de l'originalité puissante, et affronter le danger de s'engager
dans une romance aussi classique que consensuelle ? Or, plus l'on
avance vers le dénouement, plus cette dernière voie se révèle
dominante, au point que, malgré la délicatesse, la pudeur et la tendresse qui
inondent l'histoire, la chute finale, aussi inéluctable qu'attendue, se
révèle presque transparente. Au bout du compte, ce sont la qualité des
interprètes, la beauté des images, l'élégance classieuse de la mise en scène, qui
touchent le spectateur en profondeur, beaucoup plus que l'originalité
douteuse de la narration.