Colin Mayhew (Rupert Everett) et sa compagne Mary Kenway (Natasha
Richardson) effectuent un séjour à Venise qu'ils avaient déjà visitée
trois ans plus tôt. Un jour qu'ils s'étaient perdus dans le dédale des
ruelle, ils font la connaissance d'un élégant Vénitien, Robert
(Christopher Walken), qui leur propose de boire un verre. Le lendemain,
Robert les invite à dîner et leur présente sa femme, Caroline (Helen
Mirren)...
Paul Schrader est davantage (re)connu pour ses scénarios ("Raging Bull", "Obsession", "Taxi Driver",
"La dernière tentation du Christ") que pour les films qu'il a mis en
scène. Il faut dire que les oeuvres qu'il a dirigées ne sont pas des
plus passionnantes ("Auto Focus", "The Walker").
L'histoire présente se place sous les mêmes influences que ses
consoeurs, à savoir un vide existentiel pathologique qui est transcrit
à l'écran par son homologue narratif. De longues séquences que l'on
pourrait hâtivement qualifier de creuses, une absence de noeuds
dramatiques majeurs et même mineurs, une lenteur proche parfois de
l'apathie. Même Venise la charmeuse est ici réduite le plus souvent à
un labyrinthe de ruelles sombres, voire menaçantes. Tout cela rappelle
le désarroi intérieur que connaissaient
Port et Kit Moresby dans "Un Thé au Sahara".
Pourtant, malgré cette mollesse générale, le récit provoque une sorte
d'hypnose progressive, saisit le spectateur grâce à un magnétisme
envoûtant, dû sans doute, en grande partie, au charisme des acteurs, au
charme naturel vénéneux de Christopher Walken, et à l'ambiguïté
sexuelle de Rupert Everett. Pour une fois, le choix du réalisateur
de ne pas forcer le mystère, de laisser l'apparente nonchalance
se développer avec ses errements et ses pesanteurs, se montre payant.
En revoyant le film à plusieurs reprises, on s'aperçoit que les
bavardages répétitifs de Robert, qui, à la première audition, semblent
dérisoires, ainsi que les rares confidences de Caroline, prennent une
dimension pathologique d'autant plus terrifiante que la bonhomie avec
laquelle ils sont livrés est terriblement disproportionnée avec
l'atteinte psychique profonde qu'ils masquent. Et la disparition
récente de la délicieuse Natasha Richardson, décédée il y a un mois au
Canada d'un accident de ski, n'est sans doute pas étrangère à l'émotion
que distille le film. La musique est elle aussi enchanteresse...