Wong Kar Mun (Angelica Lee)
habite Hong-Kong avec sa soeur et sa grand-mère. Elle est aveugle
depuis l'âge de deux ans et se passionne pour le violon. Enfin la
possibilité d'une greffe de cornée se présente. L'opération se déroule
parfaitement bien. Mais lorsque la jeune fille commence à voir de façon
trouble les objets et personnes qui l'entourent, elle reçoit des
visions de plus en plus cauchemardesques. Aidée par le jeune docteur
Wah (Lawrence Chou), elle va tenter de comprendre ce qui lui arrive...
L'histoire n'est pas d'une originalité foncière. Mais les réalisateurs
ont réussi un équilibre magistral entre séquences de frissons et
moments d'émotion fragile, le tout bâti sur une narration orchestrée de
main de maître. Nous sommes loin, ici, de la bestialité, efficace, mais
terriblement primaire, de "Détour mortel", tout autant que de
l'humour bon enfant qui parsemait "Ghost". C'est une sensibilité à
fleur de peau qui est au rendez-vous, adoucissant subtilement
des scènes qui distillent avec puissance une terreur qui n'a pas grand
chose à envier au "Shining" de Kubrick. Effets sonores
judicieux, musique aux thèmes très variés, qui se fond à l'image de
manière idéale, excellente intégration des visions au coeur d'un
quotidien banal, extrême humanité dans l'approche des personnages, que
ce soit la lumineuse héroïne ou la petite YingYing (Yut Lai So), sans
compter une réflexion sous-jacente sur l'illusion qui nous
entoure, sur ce qui est gravé dans l'âme à l'instant du
"grand" départ ainsi que sur la souffrance qui ronge les êtres
différents (on pense tout de suite au personnage de John Coffey dans "la Ligne verte"...)... Tous ces éléments
donnent naissance à une oeuvre remarquable, captivante de bout en
bout, qui ne sombre jamais dans le spectaculaire superficiel
ou le larmoyant facile. Et, malgré l'horreur globale qui sous-tend ce
drame intimiste, le film se clôt sur une note évoquant étrangement
celle de "La cité des Anges".
Une incontestable réussite.
Bernard
Sellier