Alice (Nicole Kidman) est la charmante épouse du jeune, riche et
séduisant docteur William Harford 'Tom Cruise). Au cours d'une
réception mondaine donnée par leur ami Victor Ziegler (Sydney
Pollack), tous deux sont confrontés à la tentation de l'adultère,
sans que celui-ci soit réalisé. Le lendemain, William rencontre son
ancien compagnon de Faculté, Nick Nightingale (Todd Fiel), devenu
pianiste à la carte. Pendant leur entretien, Nick reçoit le mot de
passe lui donnant accès à une soirée très "privée" durant
laquelle, yeux bandés, il lui est demandé d'exercer son art. Intrigué
au plus haut point, William décide de s'introduire dans le cercle
mystérieux. Il découvre alors un monde étrange, inquiétant, dans
lequel une sexualité débridée s'exerce sans limites...
En un très petit nombre d'oeuvres, (une quinzaine en un demi-siècle),
Stanley Kubrick a abordé des domaines fort divers, allant de la
science-fiction ("2001, Odyssée
de l'Espace"), à la satire ("Docteur Folamour"), en
passant par le pamphlet anti-militariste ("Full Metal
Jacket"), l'horreur (le génial "Shining"),
ou encore la biographie historico-psychologique ("Barry
Lyndon").
Auréolé d'un statut de réalisateur "culte" que, pour ma part, je n'ai
jamais très bien compris, il a laissé en testament ce film étrange,
dans lequel Tom Cruise, accompagné de son épouse d'alors, Nicole
Kidman, (qui, entre parenthèses, n'a jamais été aussi "craquante"),
visite les fantasmes souterrains que l'inconscient se plaît à
disposer sur le chemin d'un couple "normal". Fidèle à son style,
Kubrick semble filmer au ralenti, en état quasi-somnambulique, ce
voyage dans les profondeurs de l'âme humaine, ce qui, reconnaissons-le,
est en harmonie avec l'état général "shooté" dans lequel Tom Cruise
traverse l'histoire. Dans la majorité de ses réponses, il commence par
répéter la question que vient de lui poser son interlocuteur. Si la
partie intime, dans laquelle William et Alice se voient confrontés à
leurs attirances ténébreuses, est finement transcrite visuellement et
oralement, la fraction pseudo érotico-fantastique, façon orgies vénitiennes du dix-septième siècle, se révèle franchement
ridicule en 1999. Peut-être n'aurait-ce pas été le cas il y a une
quarantaine d'années. Mais, c'est là d'ailleurs le problème de
certaines oeuvres, dont "Orange Mécanique" est un bon exemple, le
vieillissement se montre parfois impitoyable avec certaines
créations... Quant au dénouement, il laisse aussi perplexe que frustré...
Mais quel merveilleux travail, dans chaque séquence, sur les coloris oscillant
entre bleus profonds et oranges lumineux. Du grand art !
Bernard
Sellier