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" Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain ",       2001,

  de : Jean-Pierre  Jeunet,

avec : Audrey Tautou, Mathieu Kassovitz, Rufus, Dominique Pinon, Isabelle Nanty, Jamel Debbouze,

Musique : Yann  Tiersen

*******

 

Amélie Poulain (Audrey Tautou) est une jeune fille orpheline de mère et dotée d'un géniteur (Rufus) infirme en communication. Elle est serveuse dans un bar de Montmartre et a hérité de son père un retrait du monde presque total. Le jour de la mort de Lady Diana, un geste infime va bouleverser sa vie. Elle découvre, cachée dans son appartement, une boîte d'enfant. Elle part à la recherche du propriétaire en se promettant, s'il réagit positivement, de se consacrer à autrui...

Les spectateurs de ce film peuvent être rangés dans trois catégories : ceux qui ont subi un agacement total et rédhibitoire ; ceux qui ont subi une hypnose totale (c'est le cas de mon fils qui est sorti en disant : "c'est du bonheur pur") ; et ceux qui, comme moi, ont vu une oeuvre cinématographique originale avec beaucoup de qualités, bonnes ou moins bonnes.

Original est indéniablement le qualificatif qui colle le mieux au film. Dès l'hilarante exposition d'ouverture où est narrée en voix off l'arrivée sur terre d'Amélie et les caractéristiques de ses parents, le ton est donné. Aussi bien esthétiquement que narrativement. Nous assisterons tout au long de ces deux heures à une mosaïque de petites piècettes (analogiquement semblables aux morceaux de photos que collectionne Nino Quincampoix (Mathieu Kassovitz) ), admirablement ciselées, et subtilement présentées pour appréhender l'immédiate sympathie du spectateur. L'exposition, tout comme d'ailleurs le reste du film est aussi impalpable et superficiel que peut l'être un rêve, mais le traitement visuel et auditif rend l'ensemble immédiatement charmeur. 

Tout ici est onirique. Paris n'a sans doute jamais été filmé de cette manière, paré de couleurs chatoyantes ou au contraire baignant dans un flou brumeux semblable à l'émergence d'un songe. La vie et le rêve se confondent souvent. Les petites photos s'animent et font des commentaires, les statues clignent de l'oeil. Le réalisateur n'est pas avare de trouvailles en tous genres : certains plans relèvent de la macrophotographie, des écrans multiples apparaissent, les angles de prise de vue sont surprenants, les masques des visages envahissent tout l'écran... Bref, tout est minutieusement mis en place pour installer le spectateur dans un monde quasi magique. Le monde de l'enfance où tout est possible. Quasiment tous les personnages qui entourent Amélie sont d'ailleurs des enfants. Que ce soit Dufayel (Serge Merlin) le peintre aux os de verre, Raphaël Poulain, dont l'occupation principale consiste à bichonner son nain de jardin, Nino dont la vie se résume à collectionner les photos d'identité rejetées, Georgette (Isabelle Nanty), la malade chronique ou encore Joseph (Dominique Pinon), sans parler de l'odieux quinquagénaire Colignon (Urbain Cancelier) qui appelle sa maman au téléphone quand tout va mal. 

Ce parti-pris esthétique peut naturellement enthousiasmer ou irriter, tant il est poussé à l'extrême. Pour ma part, j'aurais une grande tendance à le trouver passionnant, même s'il finit, au bout de deux heures par frôler l'overdose. D'autant plus que le dernier tiers patine ostensiblement et finit par générer l'agacement, même si le jeu de piste, de cache-cache enfantin d'Amélie, est tout à fait en adéquation avec sa psychologie et ses blocages.

Après avoir abordé la forme, qu'en est-il du fond ? Parce qu'après tout le titre nous annonce un "fabuleux destin" ! Ce n'est quand même pas rien ! Fabuleux, oui, dans la mesure où Amélie découvre, après moult tergiversations et reculades, l'amour (idéal ?) dont rêve toute petite fille. Ce n'est déjà pas si mal. Ceci étant posé et acquis, reste sa découverte du service aux autres et son intégration dans la vie humaine. On pourrait dire que chacune de ses actions vérifie l'adage : "petites causes, grands effets". A partir de minuscules actions, souvent hilarantes, l'existence quotidienne de nombreux personnages va évoluer. Jusqu'à quel point, tout est là. Cela va du très positif : Bretodeau retrouvant sa boîte de jouets d'enfant et, du même coup une relation avec sa fille et son petit-fils ; au négatif avec la liaison de Georgette et de Joseph, espion pathologique muni en permanence de son magnétophone. 

De cet ensemble assurément hyper-original,  surnagent en définitive deux souvenirs : le plaisir immédiat que procure la forme, et, conséquence de la prédominance caricaturale de celle-ci, une impression de superficialité générale, illuminée par quelques moments de grâce magique : l'accompagnement de l'aveugle, agrémenté des commentaires d'Amélie.

Bernard  Sellier                           

 

 

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