Amélie Poulain (Audrey
Tautou) est une jeune fille orpheline de mère et dotée d'un géniteur
(Rufus) infirme en communication. Elle est serveuse dans un bar de
Montmartre et a hérité de son père un retrait du monde presque total.
Le jour de la mort de Lady Diana, un geste infime va bouleverser sa
vie. Elle découvre, cachée dans son appartement, une boîte d'enfant.
Elle part à la recherche du propriétaire en se promettant, s'il réagit
positivement, de se consacrer à autrui...
Les spectateurs de ce film
peuvent être rangés dans trois catégories : ceux qui ont subi un
agacement total et rédhibitoire ; ceux qui ont subi une hypnose totale
(c'est le cas de mon fils qui est sorti en disant : "c'est du bonheur
pur") ; et ceux qui, comme moi, ont vu une oeuvre cinématographique
originale avec beaucoup de qualités, bonnes ou moins bonnes.
Original est indéniablement
le qualificatif qui colle le mieux au film. Dès l'hilarante exposition
d'ouverture où est narrée en voix off l'arrivée sur terre d'Amélie et
les caractéristiques de ses parents, le ton est donné. Aussi bien
esthétiquement que narrativement. Nous assisterons tout au long de ces
deux heures à une mosaïque de petites piècettes (analogiquement
semblables aux morceaux de photos que collectionne Nino Quincampoix
(Mathieu Kassovitz) ), admirablement ciselées, et subtilement
présentées pour appréhender l'immédiate sympathie du spectateur.
L'exposition, tout comme d'ailleurs le reste du film est aussi
impalpable et superficiel que peut l'être un rêve, mais le traitement
visuel et auditif rend l'ensemble immédiatement charmeur.
Tout ici est onirique. Paris
n'a sans doute jamais été filmé de cette manière, paré de couleurs
chatoyantes ou au contraire baignant dans un flou brumeux semblable à
l'émergence d'un songe. La vie et le rêve se confondent souvent. Les
petites photos s'animent et font des commentaires, les statues clignent
de l'oeil. Le réalisateur n'est pas avare de trouvailles en tous genres
: certains plans relèvent de la macrophotographie, des écrans multiples
apparaissent, les angles de prise de vue sont surprenants, les masques
des visages envahissent tout l'écran... Bref, tout est minutieusement
mis en place pour installer le spectateur dans un monde quasi magique.
Le monde de l'enfance où tout est possible. Quasiment tous les
personnages qui entourent Amélie sont d'ailleurs des enfants. Que ce
soit Dufayel (Serge Merlin) le peintre aux os de verre, Raphaël
Poulain, dont l'occupation principale consiste à bichonner son nain de
jardin, Nino dont la vie se résume à collectionner les photos
d'identité rejetées, Georgette (Isabelle Nanty), la malade chronique ou
encore Joseph (Dominique Pinon), sans parler de l'odieux quinquagénaire
Colignon (Urbain Cancelier) qui appelle sa maman au téléphone quand
tout va mal.
Ce parti-pris esthétique
peut naturellement enthousiasmer ou irriter, tant il est poussé à
l'extrême. Pour ma part, j'aurais une grande tendance à le trouver
passionnant, même s'il finit, au bout de deux heures par frôler
l'overdose. D'autant plus que le dernier tiers patine ostensiblement et
finit par générer l'agacement, même si le jeu de piste, de cache-cache
enfantin d'Amélie, est tout à fait en adéquation avec sa psychologie et
ses blocages.
Après avoir abordé la forme,
qu'en est-il du fond ? Parce qu'après tout le titre nous annonce un
"fabuleux destin" ! Ce n'est quand même pas rien ! Fabuleux, oui, dans
la mesure où Amélie découvre, après moult tergiversations et reculades,
l'amour (idéal ?) dont rêve toute petite fille. Ce n'est déjà pas si
mal. Ceci étant posé et acquis, reste sa découverte du service aux
autres et son intégration dans la vie humaine. On pourrait dire que
chacune de ses actions vérifie l'adage : "petites causes, grands
effets". A partir de minuscules actions, souvent hilarantes,
l'existence quotidienne de nombreux personnages va évoluer. Jusqu'à
quel point, tout est là. Cela va du très positif : Bretodeau retrouvant
sa boîte de jouets d'enfant et, du même coup une relation avec sa fille
et son petit-fils ; au négatif avec la liaison de Georgette et de
Joseph, espion pathologique muni en permanence de son
magnétophone.
De cet ensemble assurément
hyper-original, surnagent en définitive deux souvenirs : le
plaisir immédiat que procure la forme, et, conséquence de la
prédominance caricaturale de celle-ci, une impression de superficialité
générale, illuminée par quelques moments de grâce magique :
l'accompagnement de l'aveugle, agrémenté des commentaires d'Amélie.