Les années cinquante. Pablo
Neruda (Philippe Noiret), le grand poète communiste chilien, sous le
coup d'un mandat d'arrêt, est contraint de s'exiler. Il est hébergé
dans une petite île italienne et habite une humble maison,
loin du village de pêcheurs. Le courrier abondant qu'il reçoit lui est
porté quotidiennement par un jeune facteur, Mario Ruoppolo (Massimo
Troisi). Petit à petit, les deux hommes commencent à lier
conversation. Un jour, Mario devient fou amoureux de la belle Béatrice
Russo (Maria Grazia Cucinotta), nièce de la tenancière du bar.
Incapable d'exprimer ce qu'il ressent, il demande l'aide poétique de
son célèbre confident...
Simplicité des êtres, beauté des paysages, limpidité narrative,
accompagnement musical sobre et nostalgique, poésie rustique et
sincère, tout dans cette oeuvre est à l'image de Mario, modeste et
candide. A partir d'un sujet a priori dérisoire, d'un personnage
principal qui ne brille ni par l'instruction, ni par l'évolution
sociale, le réalisateur nous fait assister, avec une pudeur exquise et
une poésie de tous les instants, à l'une des plus grandes et belles
initiations qui soient : l'apprentissage de la perception et de
l'expression de la beauté dans le monde qui nous entoure et dans la
relation d'amour. Si Philippe Noiret se montre juste, sobre et presque
effacé dans le rôle du grand écrivain, Massimo Troisi est une véritable
révélation, tant son incarnation de cet être sensible et maladroit,
perdu dans un environnement primitif, touche au plus profond du coeur
par sa justesse et son expressivité dans le dépouillement. On conserve
un souvenir ému de ce regard grave, lointain, extatique, brûlant d'une
fièvre intense, en quête d'émerveillement ou de miracles. Et sa mort,
survenue quelques semaines après la fin du tournage, apporte encore un
voile supplémentaire de mélancolie sur ce magnifique hymne à
l'amitié, l'amour et l'union mentale des êtres.