Trois
années de Présidence Bush junior depuis l'élection controversée de
novembre 2000 jusqu'à la déclaration de guerre à Saddam Hussein...
Etant donné l'apparence peu reluisante, aussi bien intellectuelle que
psychologique, donnée à la planète par celui qui se veut son maître
à penser, et son maître tout court, un film comme celui-ci ne peut
qu'attirer, a priori, sinon l'adhésion, du moins la sympathie ou une
bienveillante curiosité.
A posteriori, c'est une stupéfaction certaine qui prévaut ! Tout
d'abord cette Palme d'Or, pour le moins incompréhensible à mon esprit
modestement éveillé. Mais, de ce côté-là, le public lambda est
habitué aux attributions cannoises, qui oscillent entre surprises et
excentricités. En l'occurrence, il ne fallait pas être grand
clerc pour se douter que Quentin Tarantino sortirait quelque chose
d'original de cette mouture 2004. De toutes façons, si cette
récompense n'a pas de connotation politique, je veux bien être changé
en Donald Duck immédiatement ! Ensuite une ovation de 20 minutes ! Pour
ça ? Là, j'avoue que mon entendement est largement dépassé...
Que contient donc cette "merveille" cinématographique qui
peut, grossièrement, se diviser en deux parties ? Une première,
consacrée à l'élection folklorique de Bush et au 11 septembre, dans
laquelle on apprend quelques rares éléments intéressants (la
lâcheté des sénateurs, par exemple), composée d'images granuleuses,
voire hideuses, qu'on dirait échappées d'archives des années
50. L'évocation des attentats a le bon goût (le seul, d'ailleurs
du film) de ne pas nous asséner, pour la millième fois, l'image des
deux tours, et Michael Moore fait preuve, pendant quelques minutes,
d'une poésie graphique aussi désespérée qu'inspirée. Au cours de
cette première moitié, l'image publique de Bush, omniprésent, est
désintégrée à coups de petites réflexions qui, dans leur isolement
et leur juxtaposition voulue à certains événements, tendent à
prouver que, à coup sûr, tous les branchements neuronaux du Président
n'ont pas été achevés... C'est le but du jeu de massacre auquel s'est
adonné le réalisateur. Enfin, une scène est mémorable, à mon sens
la plus marquante de l'œuvre : celle de sa présence dans une école au
moment des attentats et sa stupéfiante absence de réaction !
Toute la seconde partie est consacrée à la guerre d'Irak et à la
valse hésitation insensée des enquêtes officielles. Si tout cela
n'avait pour source une tragédie, on pourrait se croire dans une
gigantesque farce, tant l'incompétence dans la gestion des magouilles
relève d'un art supérieur. Cela étant, c'est long, souvent primaire,
d'un goût parfois douteux, émotionnellement racoleur, et, en fin de
compte, on n'apprend pas grand-chose de vraiment palpitant, si ce n'est
deux points : on a confirmation de ce qui est déjà une évidence, tout
au moins en Europe : Bush est sans conteste l'homme le plus dangereux
qui soit, à l'aube du troisième millénaire ! Et se vérifie une fois
de plus, sur le plan des nations, la loi du karma : on récolte ce qu'on
sème...
Entendons-nous bien : la thèse et les idées de Michael Moore, sur
cette présidence comme sur les armes, d'ailleurs, pour outrancières
qu'elles soient présentées, auront peut-être le mérite de réveiller
quelques consciences américaines. Lorsque l'on voit cette femme qui
sort chaque matin accrocher le drapeau américain à son volet, et
enchantée que tous les mâles de sa famille soient dans l'armée pour
combattre le mal, on ne peut qu'avoir froid dans le dos et souhaiter
qu'une petite lueur de compréhension se fraie un chemin dans sa
conscience. C'est le type de personne qui irait brûler la maison de ses
voisins Thaïlandais, parce que le gouvernement a décrété que Bangkok
est un foyer du démon ! Lorsque l'on connaît les manipulations
opportunistes dont peuvent se rendre coupables CIA, FBI ou consorts, on
ne peut qu'être atterré par un "patriotisme" aussi primaire
! Mais est-ce le type d'Américain qui sera ébranlé par le film ?
Certainement pas. Sur l'autre rive, les opposants de Bush verront
simplement leurs critiques étalées sous une forme artistique et
"frappante". Quant aux habituelles "girouettes",
elles seront éventuellement secouées par les gros sabots de Michael
Moore, mais retourneront leur veste dès qu'une autre vision
manichéenne opposée se présentera... Alors...
Que reste-t-il, au final, de cette œuvre ? Une suite de saynètes dont
le montage et la juxtaposition se veulent (lourdement) humoristiques,
avec incursions de polars des années 50 ou de générique de western,
dans lequel Bush et Rumsfeld tiennent le rôle de John Wayne ou de
Randolph Scott ; de longues tirades émouvantes sur la douleur de perdre
un enfant à la guerre... Bref, un ensemble qui est aussi proche de la
finesse et de la subtilité que Moore l'est de la sveltesse...
Pour ceux qui sont passionnés par les dessous (supposés ou réels...)
de la politique mondiale, plongez-vous dans "le Livre jaune
N°5" et sa suite "le Livre jaune N°6", parus aux
Editions Felix (reprise du livre "Les
sociétés secrètes et leur pouvoir au XXème siècle").
C'est impressionnant, atterrant, et, même si tout n'est bien sûr
pas à prendre comme vérité absolue, c'est mille fois plus envoûtant
que le montage artificiel de ce pseudo documentaire superficiel et tape
à l'oeil... Il est possible de consulter les ouvrages ( parfois
complets ) aux pages suivantes :
"Les
sociétés secrètes et leur pouvoir au XXème siècle"
"le
Livre jaune N°5"
Le film sur IMDB.com