1870 à Paris. Les spectacles de l'Opéra Populaire remportent un
immense succès. Malheureusement pour les nouveaux dirigeants, Gilles
Andre( Simon Callow) et Richard Firmin (Ciaran Hinds), ainsi que pour
le jeune mécène, Raoul de Chagny (Patrick Wilson), la cantatrice
Carlotta (Minnie Driver) multiplie les caprices et les fausses
démissions. Elle est remplacée au pied levé, lors d'une soirée,
par la jeune Christine Daaé (Emmy Rossum), qui enchante le public.
Cette réussite réjouit le Fantôme (Gerard Butler), qui vit dans les
sous-sols de l'Opéra, car il est amoureux de Christine. Lorsque la
Carlotta fait sa réapparition et reprend le rôle titre, cela n'est
pas du tout du goût du Fantôme...
Il y a bien une trentaine d'années que je n'ai pas relu le livre de
Gaston Leroux. Autant dire que les souvenirs sont lointains et ont
probablement subi de profondes déformations. Toujours est-il que je
n'ai guère retrouvé, dans le fil de Joel Schumacher, l'atmosphère
mystérieuse, sombre, maléfique qui, me semble-t-il, baignait
l'oeuvre romanesque. Le Fantôme est ici un fort beau gosse, affligé
d'une marque de naissance qui ne justifie guère ses débordements
criminels. En somme, une Bête occupant maladroitement la place
extrême que lui alloue sa supposée laideur, face à la Belle. Quant
au réalisateur, souvent malmené par la critique, mais dont on garde
un souvenir enthousiasmé pour son "Tigerland",
il ne lésine pas sur les moyens ! Des costumes à la splendeur
outrancière, des décors luxueux, des chorégraphies inventives, du
kitsch en veux-tu en voilà... La finesse n'est pas toujours au
rendez-vous, c'est le moins qu'on puisse dire. Heureusement, quelques
moments intimistes, transcendés par les mélodies et la musique de
Andrew Lloyd Webber, arrivent à bon escient pour nous rappeler qu'il
s'agit, malgré les apparences trompeuses, d'une histoire d'amour
déchirante. Une séquence dans le décor souterrain qui rappelle la
grotte construite, dans le parc de l'un de ses châteaux, par Louis II
de Bavière, afin d'y faire exécuter les oeuvres de Wagner ; une
scène d'amour sur les toits de l'Opéra... Ce sont là quelques
instants où la magie visuelle et auditive opère. Où la poésie
prend le pas sur l'esbroufe. En partie seulement, hélas, en raison du
choix des acteurs qui laisse à désirer. Emmy Rossum n'est pas très
expressive, le Fantôme se montre, comme on l'a dit, peu crédible
esthétiquement, mais c'est surtout Patrick Wilson qui ne révèle pas
le moindre charisme. Au final, une musique aux accents charmeurs, qui
permet, malgré certaines longueurs, de se laisser emporter par cette
fresque plus pompeuse que véritablement inspirée.