Stephen Fleming (Jeremy
Irons) est ministre du gouvernement anglais. Marié à Ingrid (Miranda
Richardson), il a un fils, Martyn (Rupert Graves) qui travaille dans un
journal. Le jeune homme présente un jour à ses parents son amie Anna
Barton (Juliette Binoche). Entre Anna et Stephen, c'est le coup de
foudre immédiat. Ils se retrouvent en cachette pour des séances
amoureuses enflammées...
Quelquefois tournée en ridicule pour ses scènes érotico-passionnées
quelque peu cocasses, il faut le reconnaître, dans leur
artificialité apprêtée, cette oeuvre mérite amplement qu'on s'y arrête.
A partir d'un sujet hautement banal et d'un développement ultra
classique, le réalisateur parvient à installer un climat d'oppression
qui est en adéquation subtile avec l'enfermement des personnages dans
la spirale de la désintégration. Sans plonger dans l'introspection
psychanalytique, Louis Malle installe discrètement les repères qui
jalonnent l'existence douloureuse et traumatisée de Anna. C'est elle
qui est évidemment le pivot mystérieux de ce drame. Stephen, Martyn,
Ingrid sont des blocs relativement monolithiques. La jeune femme est la
potiche consentante de son brillant et médiatique époux. Le fils,
sympathique, mais dépourvu d'un grand charisme personnel, a traversé
une adolescence marquée du sceau de la froideur sans trop de dommages.
Quant à Stephen, impeccable de charme et de classe, il se découvre une
seconde jeunesse victorieuse illuminée d'un volcanisme sexuel débordant.
Anna, elle, est infiniment plus complexe. Son comportement est
l'illustration de la manière dont on peut répéter les actes qui mènent
à une fin tragique déjà expérimentée. Elle introduit dans cet ensemble
politiquement et psychologiquement correct, conventionnel, ses
blessures internes, son attirance pathologique inconsciente pour la
destruction, son magnétisme énigmatique, son impassibilité froide et un
mystère insaisissable. Son attitude, sa présence fascinante
qui amalgame la glace et le feu, combinées à l'intensité expressive de
Jeremy Irons habitent profondément cette tragédie et engendrent une
vérité émotionnelle indéniable.