Beverly et Elliot Mantle (Jeremy Irons) sont deux frères et
deux vrais jumeaux. Déjà enfants, ils étaient obsédés par la
sexualité. Devenus adultes, ils deviennent gynécologues et habitent
le même appartement. Ils ont pris l'habitude de partager les femmes.
Un jour, une jeune actrice de séries, Claire Niveau (Geneviève
Bujold), consulte Elliot. Il découvre qu'elle ne peut avoir d'enfant
en raison d'une configuration très particulière de son utérus. Il
devient son amant, de même que Beverly. Mais bientôt, l'harmonie se
fissure. Elliot souhaite que l'aventure se termine, ce qui n'est pas
l'avis de Beverly. Claire, de son côté, est fort troublée
lorsqu'elle apprend que Beverly, qu'elle croit son seul amant,
possède un jumeau...
Trouver un fil conducteur dans la filmographie de certains
réalisateurs, Steven Spielberg, ou l'éclectique Ridley Scott, par
exemple, n'est pas une sinécure. Dans le cas de David Cronenberg, en
revanche, l'entreprise est relativement aisée et passionnante.
L'évolution thématique de ses créations semble gravir
progressivement les échelons de deux échelles parallèles mais bien
différenciées : celle de l'univers physique et celle du monde
psychique. Les sujets de "Frissons"
(1975) et de "Rage" (1977) appartiennent
sans conteste au premier. "Dead Zone"
(1983), en revanche, explore uniquement le second. Lorsqu'apparaît
"La Mouche" (1985), une fusion
s'opère entre les deux univers, avec une nette prédominance du
physique. Dans l'histoire d'Elliot et de Beverly, la polarité de la
fusion s'inverse. Le psychique tient le haut du pavé, même si le
monde physique n'est pas absent, loin de là, puisque les deux frères
sont obsédés par la manipulation des organes génitaux et que la
jonction matérielle unissant les frères siamois les obnubile. Huit
ans plus tard, dans le très spécial "Crash"
(1996),
les deux mondes trouveront un certain équilibre, si l'on peut donner
ce terme à la perversion délirante de James Ballard. Plus
récemment, pour Dennis Cleg, le "héros" de "Spider"
(2002), le psychisme perturbé est quasiment seul maître du
jeu...
L'inspiration du réalisateur suit les courbes de deux
sinusoïdes, celles-ci s'écartant tantôt l'une de l'autre,
tantôt s'unissant ponctuellement, mais toujours habitées par la
malformation moléculaire, la mutation mortifère, et/ou par la
désagrégation de l'être intérieur. La trame de
"Faux-semblants" est à la fois simple et très complexe. Le
drame en lui-même prend la forme primaire d'une réaction chimique :
deux corps sont en solution, et tout semble normal. On y ajoute une
troisième "substance", (en l'occurrence la subversive
Claire), une sorte de catalyseur, et la précipitation a lieu. Les
deux composants primaires se séparent inéluctablement et ne pourront
jamais retrouver l'état initial. Si l'on cherche à voir au-delà de
ces apparences, un royaume ténébreux et enchevêtré apparaît. Les
carapaces externes se fissurent, les diamants se ternissent, les
puissants ne peuvent plus dissimuler leurs faiblesses, les idéaux se
clarifient, les masques tombent, la pseudo-égalité vole en éclats.
Les deux prétendus "génies", en quête de la
synchronicité absolue, révèlent sans ambiguïté ce qu'ils sont
dans leur vérité : deux coquilles brillantes, mais vides d'âme.
L'égalisation ne pouvant se faire au "niveau" du
"puissant" (Elliot), elle se fera à l'étage inférieur du
plus faible, dans une descente aux enfers d'une folie extraordinaire.
Jeremy Irons est impérial dans l'incarnation de ces deux êtres,
d'abord indifférenciables dans la majesté, puis profondément
dissemblables, pour terminer leur course dans une fusion pathologique
désespérée. Passionnant !