Hojung (Moon Sori) s'ennuie,
entre un mari avocat, Ju Young-Jak (Hwang Jung-Min) qui entretient une
liaison extra-conjugale, et son fils adoptif Sooin, qui subit les
moqueries de ses camarades. Elle fait un jour la connaissance d'un grand
adolescent qui habite près de chez elle, Ji-Woo (Bong Tae-Kyu). Elle se
sent attirée...
Comme c'est fréquemment le cas dans les films extrême-orientaux, un
certain temps d'adaptation est indispensable pour cerner les
personnages, comprendre qui est le parent, l'époux ou la maîtresse de
qui... Une fois cette mise en place à peu près intégrée, il
est possible de se concentrer sur cette observation, empreinte de
sensibilité, d'un couple ordinaire qui glisse lentement vers la
désagrégation. Dans le cas présent, la quête du plaisir, de
l'épanouissement sexuel, ne prend pas la direction primaire et
vertigineuse des amants de "L'empire des
sens". Malgré l'exacerbation ponctuelle des sentiments, des
pulsions, malgré la liberté de ton et la fausse insouciance que
manifestent les personnages, c'est un parcours physique et psychologique
en demi-teinte qui domine en permanence. Les apparences sont trompeuses,
et les failles profondes, tant individuelles que sociales ou historiques
(les bains de sang qui ont endeuillé les deux Corées), ne se laissent
pas aisément combler par l'illusion des sens.
Avec une esthétique somptueuse (clairs-obscurs et teintes fascinantes),
qui surprend d'ailleurs, tant elle semble parfois en décalage avec le
vécu des personnages ou le contenu des séquences, le réalisateur suit
les errements des protagonistes avec un détachement qui ne manque pas
de perturber. Malgré l'incarnation émouvante que donnent Moon Sori et
Hwang Jung-Min, la froideur générale de l'approche est telle qu'il est
bien difficile de prendre une part affective à leur drame intérieur.
C'est très beau artistiquement, joué avec subtilité, mais lent, voire
ennuyeux, et somme toute superficiel, comme si Im Sang-Soo survolait les
psychismes avec autant de grâce qu'il le fait des corps entrelacés,
mais également sans plonger véritablement dans le coeur des tempêtes
intérieures...