Depuis
le départ de Constance (Catherine Breillat), Jacques (Jean-Pierre
Bacri) se traîne entre son boulot de technicien du son et son
appartement du 6ème, qui est devenu un véritable foutoir. Il répond à
la petite annonce d'une femme de ménage. Laura (Emilie
Dequenne) se présente et se voit illico engagée, bien qu'elle n'ait
aucune expérience dans ce domaine. Au bout de quelques semaines, elle
se sépare de son petit ami et, n'ayant plus de domicile, demande à
Jacques s'il ne pourrait pas la loger...
Depuis "La débandade" (1999), Claude Berri semble tourner son
inspiration vers les relations sentimentalo-sexuelles entre jeunes et
"moins jeunes". Certes Jean-Pierre Bacri n'approche pas encore les
soixante-dix ans du réalisateur. Mais il faut reconnaître que son
visage et sa personne, qui semblent toujours supporter l'ensemble de la
misère du monde, lui octroient facilement deux bonnes décennies
supplémentaires. C'est d'ailleurs cette marque indélébile de
comportement, mixage d'ironie froide, de désespoir glacé et de
pessimisme outré, qui fait tout le charme de Bacri personnage-acteur.
Face à lui, une adolescente d'aujourd'hui, banale, relativement
attachante, malgré son inconscience juvénile, qui tâtonne, expérimente,
butine de ci de là, en quête d'équilibre et de plénitude. Cette mise en
contact de deux tempéraments opposés par l'âge, les habitudes,
l'apprentissage de la vie, constitue le principal attrait du film, et
malheureusement le seul.
Pour ce qui est du contenu, les choses se gâtent singulièrement.
L'ensemble fait tristement penser à un électrocardiogramme plat. Une
suite de petites saynètes quotidiennes : Bacri achetant sa baguette,
Bacri prenant le métro ; Bacri déjeunant avec son amie Claire ; Bacri
mettant ses boules quies pour dormir... Lorsque intervient Laura, on
peut espérer qu'une flamme va s'éveiller, que le scénario va s'extraire
de la routine pour s'envoler. Mais, hormis Bacri et sa femme de ménage
au lit (et encore !), rien ne se passe. Tout demeure désespérément
plat, comme si la narration survolait l'émotion, refusant de
s'impliquer dans une incarnation extravertie. Claude Berri ne semble
même pas avoir envie d'exploiter tout le potentiel qui pourrait naître
de cette opposition radicale de deux personnalités à des années-lumière
l'une de l'autre. Juste deux ou trois petits instants d'agacement,
entre musique rap et jeux télévisés débiles.
L'histoire est mince, mais il existe de nombreux exemples qui prouvent
brillamment que la ténuité n'est pas un obstacle à l'intensité
affective et à la densité psychologique. Il suffit de regarder le
simple et magnifique "Se souvenir des belles choses", à l'intrigue on ne peut plus gracile,
pour s'en convaincre. La platitude qui se dégage ici de l'ensemble,
tient surtout à cet étalement uniforme d'une mer de rapports humains
sans vagues, sans remous autres qu'un froncement de sourcils ou un
rictus affligé, à une suite de dialogues sans vie et à une conclusion
aussi inhabitée que le reste du film.