Eloïse d'Artagnan (Sophie
Marceau), fille du célèbre Mousquetaire, voit arriver un jour, dans le
couvent provincial où elle a été placée, un noir blessé, bientôt repris
par des soldats placés sous le commandement d'une mystérieuse femme en
rouge, Eglantine de Rochefort (Charlotte Kady), qui est l'âme damnée du
Duc de Crassac (Claude Rich). Celui-ci complote dans le but
d'assassiner Louis XVI au moment de son sacre. Persuadée qu'un danger
menace, Eloïse se rend à Paris, en compagnie du jeune poète, Quentin la
misère (Nils Tavernier), afin de demander l'aide de son père. Mais
celui-ci a pris sa retraite et le décider n'est pas chose aisée...
Depuis les chevauchées du charismatique Jean Marais ("Le Capitan", "le
Miracle des loups", "Le Bossu"...), mises en scène dans les années 60
par André Hunebelle, et quelques films de Bernard Borderie à la même
époque, le cinéma français n'a pas donné de grandes oeuvres de cape et
d'épée. C'est un comble, dans le pays qui a vu fleurir de géniaux
romans, tels "les trois mousquetaires", "Vingt ans après" ou "le
Vicomte de Bragelonne", de constater que ce sont les Etats-Unis, et
George Sydney qui nous ont livré l'une des deux plus passionnantes
versions des aventures de d'Artagnan, avec un inégalable Gene Kelly,
l'autre étant celle de l'anglais Richard Lester ! La surprise n'est
donc pas mince de voir Bertrand Tavernier, ( après "L627" ) que l'on
n'attendait pas vraiment dans ce registre, se lancer dans les
chevauchées d'une improbable fille du mousquetaire et de Constance
Bonacieux ! Trahison sans doute, mais, contrairement au "Comte de Monte Cristo", par exemple, qui est une
créations totale et parfaite dans son essence, les aventures du
bretteur gascon peuvent se prêter à des développements fantaisistes non
prévus par l'auteur.
Encore faut-il que le résultat soit à la hauteur des exploits que l'on
prête au compagnon d'Athos. C'est là que le bât blesse
cruellement. Si l'on excepte une belle distribution avec un Philippe
Noiret toujours charmeur, un Claude Rich plaisamment déjanté, un
Mazarin (Luigi Proietti) divertissant, il n'y a pas, on est triste de
le dire, grand chose de positif à retenir de cette aventure poussive.
L'intrigue, famélique, manque cruellement de mystère, d'intensité, de
mordant. Le montage souffre d'une absence chronique de rythme. Quelques
galops de chevaux interviennent ça et là, histoire de rappeler que nous
sommes dans un film d'action, mais cela ne suffit évidemment pas à
réveiller un cheminement pépère, noyé par des parlotes à n'en plus
finir, de surcroît pas vraiment jouissives. Et, lorsque action il y a,
elle est parfois disproportionnée avec son intérêt, témoin cette
bataille sur le bateau, qui n'en finit pas, alors que son utilité est
plus que secondaire.
L'ensemble est à l'image du d'Artagnan que l'on nous offre : vieilli,
fatigué et soporifique. De plus, à mon sens, Sophie Marceau, bien que
charmante, n'est pas véritablement à sa place dans cette oeuvre.
Charlotte Kady, même dans un rôle secondaire, me paraît infiniment plus
éminente. Une grosse déception !