Nous
sommes à Baltimore en 1963. Bill 'BB' Babowsky (Richard Dreyfuss) et
Ernest Tilley (Danny DeVito) sont tous deux représentants pour une
société productrice de panneaux d'aluminium pour villas. Ils ne se
connaissent pas, mais usent des mêmes méthodes d'arnaque afin de
pousser les propriétaires à acheter leurs produits. Lorsqu'ils se
rencontrent, c'est à l'occasion d'un léger accrochage de leurs
véhicules. Ce qui n'aurait pu être qu'un événement bénin tourne
rapidement au vinaigre. Chacun jure de faire payer à l'autre sa faute.
L'engrenage est en marche...
Un des premiers films de Barry Levinson, deux ans après le sympathique "Secret de la Pyramide".
Etant capable de produire du bon ("Sleepers",
"Good morning, Vietnam") comme de l'affligeant ("Sphère"), il était à
craindre que son association avec l'excité Danny DeVito (qui allait
diriger, deux ans plus tard, "La
Guerre des Rose"), ne donne naissance à une grosse pochade,
dans laquelle les séquences rivaliseraient de rusticité ou de
clinquant. Le résultat prouve que les a-priori sont souvent déplacés !
Non seulement l'évolution de l'histoire ne prend pas cette direction
attendue, mais encore elle se pare d'une intelligence certaine et d'une
sobriété inattendue, tout en réservant des péripéties inattendues. Les
quelques agressions se révèlent discrètes, tandis que le petit monde
entourant les deux énergumènes, loin de s'effacer devant la rivalité
des protagonistes, compose un écrin tout à fait vivant, allant jusqu'à
insérer l'aventure individuelle dans un contexte social et historique
intéressant. Commissions d'enquêtes sur les magouilles des vendeurs,
dénonciations, espionnage, tout cela évoque une "chasse aux sorcières"
Mac Carthyste qui n'était pas si éloignée que cela. Les personnages ne
sont jamais des marionnettes. Le réalisateur choisit ici un processus
inverse de celui qu'adoptera Danny DeVito lorsqu'il orchestrera, avec
sadisme, le duel Michael Douglas-Kathleen Turner. Ceux-ci, beaux,
intelligents, charmeurs, à l'origine, se métamorphoseront rapidement en
deux monstres aussi vénéneux que stupides. Dans le cas présent, BB et
Ernest, également abrutis et pugnaces au commencement de l'aventure,
vont progressivement laisser apparaître une humanité attachante, une
fragilité sincère, générant chez le spectateur une sympathie réelle. Le
personnage de Nora (Barbara Hershey), loin de n'être qu'un prétexte à
une exacerbation de la haine des mâles, est, à ce point de vue,
parfaitement représentatif du style adopté. Elle incarne la note de
romantisme et de sensibilité capable d'infléchir la courbe ascendante
d'agressivité des hommes qui l'entourent.
Si l'on ne peut que se montrer heureux du fait que la narration quitte
rapidement le primaire, le basique, pour transformer des
hommes-caricatures en individualités attractives, il est regrettable
qu'un réel manque de mordant se fasse parfois sentir. Sans tomber dans
l'énorme ou le grotesque, l'histoire aurait tout de même pu développer
les promesses initiées au départ, à savoir assaisonner dun piment
subtil de plus en plus fort cette adversité spontanée. En fait, il n'en
est rien, et le dénouement, assez prévisible, ne contribue pas à élever
vers un sommet attendu le niveau gustatif de l'ensemble. C'est dommage,
car globalement, l'entreprise est relativement savoureuse.